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En faisant de la question un tabou, l’État s’est affranchi d’une prise de conscience collective cruciale pour la protection de la jeunesse. Et pourtant, des solutions existent.

Cannabis, autre urgence sanitaire.

  • Pourquoi ne peut-on pas débattre du cannabis en France?

Bruno Laforestrie, directeur de la radio Mouv’. Parce qu’à cette question complexe on a toujours voulu une réponse binaire : pour ou contre la légalisation. Il y a un an, l’industrie du cannabis représentait entre 1 et 1,5 milliard d’euros. Aujourd’hui, on parle de 3 milliards On dit qu’entre 200.000 et 300.000 personnes vivent de cette industrie mais, en termes d’emplois, c’est beaucoup moins.

Quelques-uns, en haut du trafic, en profitent, tandis qu’au bas de l’échelle des milliers de jeunes travaillent pour presque rien. Il faut casser cette idée de l’argent facile. Le peu qu’il en reste dans les quartiers permet aux gens de vivoter, sans plus. Penser qu’on achète la paix sociale en évitant d’abor­der le sujet est donc un raisonnement inepte.

  • La France est le pays d’Europe où on consomme le plus de cannabis, mais aussi celui qui est le plus répressif. Comment expliquer cet échec?

Parce qu’on n’a pas fixé les bonnes priorités. Chaque année, la lutte contre le cannabis coûte 568 millions d’euros et seuls 9 millions vont à la prévention. Quand 20% d’une génération consomme, on ne peut consacrer si peu à expliquer les enjeux de cette consommation. La priorité absolue est que les moins de 18 ans consomment le moins possible et soient avertis, éduqués. Or, dans les écoles, on ne parle pas de cannabis.

  • La légalisation peut-elle être une solution pour contrôler la qualité des produits et réinsérer les petits trafiquants en en faisant des vendeurs légaux?

Dans les pays où le cannabis a été légalisé, la délinquance et la consommation des moins de 18 ans ont baissé. Mais la légalisation n’est pas la seule option. La transition, à travers les consommations alternatives telles que le CBD [molécule du chanvre sans effet stupéfiant et donc autorisée, ndlrl, qui s’est beaucoup développé à l’échelle européenne, en est une autre.

On ne va pas annihiler la consommation de cannabis, mais on peut la contrôler. Que les moins de 18 ans puissent être mieux prévenus et que les plus de 18 ans sachent ce qu’ils achètent. C’est un vrai sujet de santé publique.


Frédéric Péguillan – Télérama N° 3696 – 14/20 Novembre 2020.