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La PAC, encore et toujours organisée, classifiée, diligentée, réglementée par des technocrates rivés à leur siège européen, est une catastrophe …

Est-ce que cela finira un jour ? Non. Le 23 octobre, le Parlement européen a voté le texte d’une nouvelle politique agricole commune (PAC), qui s’étendra jusqu’en 2027. La somme mobilisée représente au total 387 milliards d’euros, dont 58,12 milliards pour la seule année 2020, soit 34,5 % du budget général de l’Union européenne.

Énorme ? On est d’accord.

Non, Charlie n’a pas lu les centaines de pages du document, rédigées dans une langue que seuls ses rédacteurs connaissent. En tout cas, le ministre français de l’Agriculture, Julien Denormandie, applaudit le vote et parle d’une « PAC plus verte, mais surtout plus juste ».

Nos amis du mouvement « Pour une autre PAC » (pouruneautrepac.eu) parlent à propos du texte voté d’un « absurde fourre-tout », mêlant une poignée d’amendements apparemment positifs et un texte profus qui les noie et les contredit.

On maintient le cap d’une agriculture industrielle, favorable aux grandes surfaces et à l’exportation, qui se contrefout des équilibres naturels.

Rappelons où en est l’agriculture française. Deux cents fermes disparaissent chaque semaine, un tiers des paysans en activité vont prendre leur retraite dans les toutes prochaines années, un quart sont sous le seuil de pauvreté.

Les insectes et les oiseaux disparaissent à des rythmes jamais observés, principalement à cause des pesticides, dont la consommation a augmenté d’au moins 20 % dans le même temps qu’on prétendait en diminuer l’usage.

L’élevage concentrationnaire transforme des millions d’animaux en bagnards.

Compte tenu du rapport de force en Europe, cela n’est pas près de changer. Ne serait-il pas temps de penser à d’autres stratégies ? Qui suit, fût-ce de loin, ce dossier constate combien les mots eux-mêmes sont piégés.

Les opposants français à cette politique (comme les valeureux de la Confédération paysanne) ne cessent de parler depuis plus de vingt ans de la nécessité d’une PAC plus « verte », mot fétiche facilement détourné par tous les Denormandie européens.

Rien n’est simple, mais n’est-il pas temps d’un débat sur le débat ?


Fabrice Nicolino – Charlie hebdo. 04/11/2020