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[…] … si le gouvernement avait voulu fermer les hypermarchés dans les mêmes conditions qu’il exige la fermeture des commerces de proximité, dans le but de réduire la circulation du coronavirus, les clientes-clients auraient été privé-e-s de tous lieux d’approvisionnement en produits alimentaires. Mais alors pourquoi autoriser dans certaines conditions l’ouverture des hypermarchés ?

Bien évidemment il y a plusieurs réponses à cette question dont entre autres, le paiement des indemnités salariales du personnel mis en chômage des hypermarchés … mais aussi parce que les quelques possesseurs des réseaux hypermarchés constituent un lobbying dont il faut préserver la bonne entente avec nos gouvernants. MC

En 2018, 65 % des produits alimentaires étaient commercialisés par les grandes surfaces d’alimentation générale, selon une note de l’Insee d’avril dernier, dont un tiers dans les hypermarchés. Cette année-là, les ventes des hypermarchés s’élevaient à 100 milliards d’euros.

Deux produits sur dix vendus en hypermarché sont de l’épicerie, et parmi les produits frais, la viande et ses produits dérivés arrivent en tête (16,5 %), suivis par les fruits et légumes (9,1 %), précise l’Insee.

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La part de marché de la vente à distance pour l’alimentation reste marginale, autour de 4 %.

En fait, un tiers du chiffre d’affaires de tout le commerce de détail est concentré dans 1 % des points de vente, qui emploient un quart des personnels du secteur et appartiennent majoritairement à la grande distribution, selon une autre note de l’Insee.

Avec 73 millions de mètres carrés de surface commerciale pour 67 millions d’habitants, la densité commerciale était de 1,09 m2 par habitant en France en 2017. La surface moyenne de vente des commerces alimentaires non spécialisés atteint 780 m2.

Ces chiffres permettent de jeter un autre regard sur la liste des biens « essentiels » publiée par le gouvernement, dans un décret du 2 novembre, biens dont la commercialisation est la seule autorisée en cette période de confinement.

En plus de l’alimentation et des activités énumérées dans l’article 37 du décret de reconfinement du 20 octobre (carburants, matériel médical, journaux, matériaux de construction, graines et engrais, ordinateurs, quincaillerie…), on trouve les produits de toilette, d’hygiène, d’entretien et de puériculture.

Or, l’accès à ces biens est déterminé par la structuration de l’urbanisme commercial, qui privilégie particulièrement, en France, les hypers et les supermarchés.

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Les grandes surfaces d’alimentation générale détiennent 14,5 % du marché des produits non alimentaires, en baisse de 1,8 point par rapport à 2010 ; le recul est particulièrement marqué pour les hypermarchés.

La part de marché de la vente à distance sur les produits non alimentaires reste là encore modeste (5,6 % en 2018), mais elle est en augmentation, selon les chiffres de l’Insee.

Pour les vêtements, la situation est différente : la vente à distance devance désormais les grands magasins, tout en se situant très loin derrière les enseignes spécialisées.

Combien d’habitants sont aujourd’hui dépendants de la grande distribution pour s’approvisionner en biens de première nécessité ?

Seule la moitié des communes rurales disposent encore de commerces de proximité, selon une note de l’Insee de 2010. Cela représente 25 % de la population rurale et 6 % de la population métropolitaine.

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Pour Olivier Razemon, journaliste au Monde et auteur du livre Comment la France a tué ses villes, « il y a une dépendance aux grandes surfaces. Il y a des endroits, en grande banlieue francilienne par exemple, où il n’y a pas d’accès à des produits frais dans un rayon de moins d’un kilomètre, et où la seule possibilité de se fournir est les centres commerciaux. Cela ressemble à ce qu’on appelle les déserts alimentaires au Royaume-Uni et aux États-Unis ».

« Depuis cinquante ans, la grande distribution s’est développée sans limites en périphérie des villes. Ce développement se poursuit même là où la population et le revenu moyen n’augmentent plus », note en 2016 un rapport du CGEDD, un service qui dépend du ministère de l’écologie et de l’Inspection générale des finances (IGF) : la consommation des ménages progresse de 1,5 % par an en moyenne et le nombre de mètres carrés de surfaces commerciales de 3 %. Les auteurs ont calculé que chaque année 5 milliards d’euros sont investis dans l’immobilier commercial.

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« Si le commerce en centre-ville est avant tout dépendant du contexte socio-économique de son territoire, il est aussi très sensible au bon équilibre des concurrences au sein de l’appareil commercial, ainsi qu’à la qualité de son environnement », écrivent les auteurs du CGEDD et de l’IGF. Parmi leurs propositions : surseoir à toute décision de nouvelle implantation commerciale de plus de 1.000 m2 dans les agglomérations qui n’en sont pas encore pourvues.

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Proposition de loi pour un moratoire sur les entrepôts de commerce en ligne (rejetée en commission parlementaire), campagnes militantes contre les projets d’entrepôts Amazon, notamment portées par les Amis de la Terre  […]. Cette mobilisation légitime ne doit pas occulter la dépendance française à son ancêtre en dur, l’hypermarché.


Jade Lindgaard. Médiapart. Titre original : « Grande distribution: une dépendance française toujours plus forte ». Source (Extrait)