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Encore du chemin, beaucoup de chemin à faire et nous ne parlons même pas encore, de l’harmonisation d’un code européen du travail … MC

« Dans notre Union, la dignité du travail doit être sacrée. Mais la vérité est que, pour trop de personnes, le travail ne paie plus. Le dumping salarial détruit la dignité du travail, pénalise l’entrepreneur qui paie des salaires décents, et fausse la concurrence loyale sur le marché unique. Chacun doit avoir accès à un salaire minimum, que ce soit au titre d’une convention collective ou d’un salaire minimum légal. »

Le 16 septembre dernier, les murs du Parlement européen bruissaient de ces fortes paroles, prononcées, pour la première fois de l’Histoire, par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Mme von der Leyen, certes bien de droite, et femme à poigne (elle a été ministre de la Défense de l’Allemagne de 2013 à 2019), a exercé comme ministre du Travail et des Affaires sociales, d’abord en Basse-Saxe, puis au niveau fédéral, pendant plus d’une décennie. Elle est une experte des personnes âgées, de la condition féminine, de la jeunesse, de la santé… Bref, des sujets qui impliquent de résoudre des problèmes concrets.

De leur côté, les économistes ont arrêté de dire n’importe quoi à propos du salaire minimum, accusé, pendant des décennies, sans preuve, de « créer du chômage ». Avec son introduction au Royaume-Uni, thank you Tony, puis en Allemagne, danke schôn Angela, on a pu voir les résultats : pas de chômage en plus, de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail (1).

Aux États-Unis, dans les États où le salaire minimum est élevé, les personnes travaillent moins d’heures, se soignent et s’alimentent mieux, s’occupent davantage de leurs enfants et battent même moins leur femme (2).

À quel niveau placer le smic made ln

Paradoxalement, le premier obstacle à un salaire minimum européen, ce sont les syndicats attachés à la fixation des salaires par la négociation entre salauds de patrons et feignants de syndiqués, notamment dans les pays scandinaves.

Le saviez-vous ? Il n’existe pas de salaire minimum national en Suède, au Danemark et en Finlande (ni en Italie, en Autriche ou à Chypre). Mais il est présent dans les 21 autres pays de l’Union.

À quel niveau placer le smic made in Bruxelles ?

Aujourd’hui, il s’établit à

  • 312 euros brut en Bulgarie,
  • plus de 2.000 euros au Luxembourg,
  • 1.539 euros en France
  • 1.584 en Allemagne (3).

Impossible d’harmoniser, évidemment. Mais une convergence salariale est à l’oeuvre, avec un rattrapage des pays de l’Est, partis de très loin il est vrai. Et il serait possible de fixer le smic bruxellois en pourcentage du salaire médian national, 60 % par exemple. Un seuil atteint par seulement deux pays de l’UE aujourd’hui : le Portugal et la France (4).

Le 28 octobre dernier, lors de la présentation de l’initiative de von der Leyen en faveur d’un salaire minimum « adéquat » partout dans l’UE, BusinessEurope, l’organisation des patrons d’Europe, a, évidemment, tout de suite hurlé. Et juridiquement, la fixation des salaires est une prérogative nationale.

Bref, les obstacles sur la route d’Ursula von der Leyen sont nombreux. Mais après les pathétiques José Manuel Barroso (2004-2014), vendu à Goldman Sachs, et Jean-Claude Juncker (2014-2019), défenseur acharné des paradis fiscaux, elle redonne du lustre à sa fonction.


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 04/11/2020


  1. « Et pourtant, le salaire minimum ne diminue pas l’emploi… », de Michel Husson (alternatives-economiques.fr, 17 avril 2019).
  2. « Quand le smic sauve des vies », de Gilles Raveaud, (alternatives-economiques.fr, 5 avril 2019).
  3. « Le salaire minimum en Europe » (touteleurope.eu, février 2020).
  4. « Vers un salaire minimum européen ? », de Sofia Fernandes (Institut Jacques-Delors, avril 2019).