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Trio gagnant ? Pas si sur !

[…] … le numérique, ils l’utilisent avec leurs élèves depuis belle lurette. « Mais dans la salle informatique, disposée de telle sorte que je visualise ce qu’ils font et pour une utilisation précise, par exemple pour modéliser des données chiffrées, une activité très utile dans ma matière, les sciences de la vie de la terre (SVT), explique Nadia. Je suis convaincue qu’il faut éduquer les jeunes au numérique, leur prétendue capacité générationnelle à maîtriser naturellement les nouvelles technologies est un mythe. L’école doit les préparer à un monde hyper connecté. Mais pas comme cela ! »

Alors ils ont fondé un collectif, Écran total, pour réclamer aux autorités territoriales et académiques une évaluation des bénéfices pédagogiques du plan Lycée 4.0. En vain. « On nous répond que nous devons entrer dans le nouveau millénaire, mais on ne vit pas dans des grottes ! »

À leurs yeux, un bulldozer nommé « progrès » avance inexorablement, bêtement, et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Pire, on leur demande de monter dessus ! Or la science ne leur donne pas vraiment tort.

Déjà en 2015, l’enquête Pisa, qui mesure les performances des systèmes éducatifs des pays de l’OCDE, soulignait que « les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences ».

En octobre 2020, un rapport du Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco) enfonçait le clou, assurant que « les bénéfices du numérique éducatif sont encore discutés par les scientifiques ». Et concluait : « Les outils ne suffisent pas, à eux seuls, à mécaniquement améliorer les apprentissages. »

Voilà qui n’empêche nullement la petite musique technophile de se faire entendre, surtout depuis que le Covid-19 est entré dans nos vies : sous prétexte que le numérique aurait permis de maintenir la continuité pédagogique, il serait urgent de lui ouvrir en grand les portes de nos écoles, collèges et lycées.

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 Que fut l’enseignement à la maison sinon une version diminuée des apprentissages en classe ? Laquelle aura démontré à quel point les élèves apprennent mieux quand ils sont en groupe, lorsqu’ils interagissent les uns avec les autres : se confronter à ses pairs ouvre les horizons, renforce le sentiment d’appartenance et la confiance en soi, si essentielle à la motivation.

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Marc Belpois. Télérama. Titre original : « Le numérique à l’école : une révolution inégalitaire ? Source (extrait)