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… et s’il vous plaît … pas de « OH ! » faussement choqué de tant d’audaces, c’est la vie quoi !

La vulve des vierges s’ennuie lamentablement, comme les princesses de Rubén Darfo. Le sexe des vierges, encerclé par la chasteté et les préjugés, trompe l’ennui en fréquentant le bidet pour se défaire d’une saleté inexistante, comme le tire-au-flanc bâille de fatigue fictive.

La foufoune des vierges, en sus de transpirer l’ennui, est un vagin aigri par la discipline rigoureuse à laquelle le soumet sa maîtresse, discipline faite d’ablutions, de bains et de masturbations spectrales obéissant à la formule : regardez sans toucher. Mais la pire chose que doit subir la chatte des vierges, ce sont les lectures auxquelles elles s’adonnent à leurs moments perdus, qui sont aussi, pour elles, les plus nombreux.

Jadis, au temps de la guerre franco-allemande, ou à peu près, les vierges qui avaient un fiancé en première ligne lisaient des poèmes de Sully Prudhomme ou d’Émile Verhaeren, qui sont des poètes de grande envergure, nourrissants à satiété, et elles se permettaient même de petites incursions dans les soupirs de Marceline Desbordes-Valmore, poétesse qui attendrit les coeurs et les hymens.

Mais aujourd’hui, en ces temps postmodernes et troublés, les vierges ne se contentent plus de ces lectures romantiques ; elles se procurent plutôt, après avoir consulté les suppléments littéraires des journaux, le roman dernier cri, véritablement mortifiant pour les vagins qui se meurent parmi les bâillements (les bâillements muets de leur bouche fermée) et regrettent le temps des vierges bien intentionnées (qui, il est vrai, sentaient du sexe), ces lectrices de sonnets extravagants qui jouaient de la harpe en pressant la caisse de résonance sur leur entrecuisse et regardaient par la fenêtre tomber la pluie tout en se masturbant, main enfouie sous la jupe, dans les flots des cotillons et des culottes. Les vierges d’aujourd’hui, moins analphabètes que celles du passé, lisent des oeuvres prétentieuses, des romans vidés de leur sang, et elles ne jouent de rien, pas même du tambourin. Les vierges d’aujourd’hui écoutent de la musique new age, qui leur recoud le sexe. Comme s’il n’était pas suffisamment recousu, le pauvre, par cette virginité si docte !


Juan Manuel de Prada.