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Aux angoisses et aux difficultés sanitaires, sociales, écologiques, notre société doit faire face avec les attentats terroristes à une série de coups violents, barbares, fascisants.

C’était déjà le lot de plusieurs pays à majorité musulmane depuis des années. Mais il semblerait que les partisans ou adeptes de Daech ou d’Al-Quaida aient décidé de s’attaquer à notre pays, et ce sont des concitoyens qui en sont victimes. Ceci a lieu dans le contexte du procès de l’attentat contre nos amis de la rédaction de Charlie Hebdo.

Des forces et des élus de droite et d’extrême droite, comme des secteurs du pouvoir, s’acharnent à réclamer plus de restrictions des libertés et droits. Ils procèdent à des amalgames odieux qui dénigrent les musulmans tout en s’attaquant aux forces de gauche. S’y est ajouté l’offensive lancée le président Turc contre la France et les valeurs républicaines, excitant tous les fanatismes et obscurantismes. Ainsi, la cohésion dont avait globalement su se prévaloir la France lors des derniers attentats se fissure dangereusement sous l’effet d’un inquiétant ballet politicien.

 […] Celles et ceux qui, parfois confusément, se sont levés contre le racisme que subissent les musulmans de France (ou qui en ont « l’apparence » comme le disait de manière révélatrice M. Sarkozy) ne sauraient être confondus avec les islamistes qu’au prix d’un raccourci démagogique teinté d’opportunisme politicien.

Ce chœur droitier répandant l’opprobre et falsifications a repris à son compte le concept inventé par l’extrême droite d’islamo-gauchisme. Tout comme leurs ainés disaient hier « judéo-bolcheviques ».

Que des organisations réactionnaires se servent du combat antiraciste pour avancer leurs pions ne fait aucun doute. Mais faire des militants antiracistes les alliés du fondamentalisme islamique est une chose abjecte qui ne sert que les intérêts d’un agenda pre-electoral au service des extrêmes-droites islamistes et nationalistes.

A ce point de leurs anathèmes ils déroulent, sans se préoccuper des principes républicains, de la constitution ou des traités internationaux qu’ils disent chérir tour les matins, tout le programme de l’extrême droite fascisante :

  • expulsion des étrangers condamnés,
  • fin du regroupement familial,
  • suppression du recours individuel devant la Cour européenne des Droits de l’homme,
  • remise en cause du droit d’asile,
  • arrêt de l’immigration.

Que d’amalgames au service de leurs attaques contre les droits humains alors que la France dispose déjà d’un puissant arsenal pour s’attaquer à l’islamisme politique de combat. Ajoutons l’ambiance inquiétante rappelant les pires périodes de notre histoire. La qualification d’islamo-gauchiste conduit à toutes les libertés politiciennes dans le cadre d’une bataille idéologique qui vise en réalité à démolir les principes républicains.

Autrement dit, cette droite extrême qui se trouve aussi au gouvernement et au sein du parti de la droite et à l’extrême droite, rejoint l’islamisme politique qu’elle prétend combattre.

Ainsi se sont multipliées les attaques contre l’observatoire de la laïcité, une charge a été sonnée contre les rayons halals des supermarchés, la réouverture des bagnes a été demandée dans une émission de télévision avant d’expliquer qu’il devient nécessaire d’abandonner « l’Etat de droit qui nous désarme ».

 […] … la France n’est pas plus prémunie d’un nationalisme et d’un racisme dispensés à haute dose que de l’islamisme politique de combat. Et il est fort probable que les premiers servent les intérêts du second, et inversement.

Si le combat antiraciste a pu prendre des chemins tortueux ou trouver des alliés de circonstances, c’est qu’il a été laissé en souffrance, et avec lui, surtout, le combat pour une égalité véritable. La responsabilité première incombe, et de loin, à des responsables politiques qui ont vidé la République de sa substance sociale au profit d’un ordre capitaliste inégalitaire.

Le brouillage idéologique et politique ainsi organisé sciemment vise à instaurer un Etat d’exception permanent sur le dos d’une religion pour permettre de sauver le capitalisme titubant.

Elle vise aussi à remettre en cause l’universalisme républicain et à démolir la loi de séparations des églises et de l’Etat porté en 1905 par la gauche et une partie d’autres républicains. De cette loi ne découle ni une laïcité ouverte ou fermée, ni une ultra-laïcité.

La laïcité n’est pas une religion à opposer à d’autres religions, elle est au contraire le garant de la liberté de croire ou de ne pas croire, le garant de la liberté de culte et de la neutralité de l’Etat. Or les forces du spectre de droite et d’extrême droite ont décidé de travestir la laïcité pour en faire un principe de discrimination envers les musulmans. Ceux qui veulent réécrire la loi croient le moment venu pour imposer LEUR loi.

[…]

C’est un nouveau contrat de citoyenneté que la République s’honorerait à proposer, surtout à sa jeunesse, et qui viserait à faire entrer la France dans un nouvel âge de son histoire. […]  C’est  […] en puisant dans les ressources de la République sociale et démocratique, par l’unité populaire dont la laïcité est garante, par la conscience des intérêts qui unissent la jeunesse et les travailleurs du pays, que peut s’établir un nouveau projet collectif et émancipateur.

[…]


Patrick Le Hyaric – La lettre du 30 oct 2020