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Au-delà des mesures de police, il est [semble] impérieux d’imposer aux plateformes des garde-fous. La tâche est titanesque [et il ne s’agirait pas de « passer » a l’autorisation obligatoire de « poster » … avec ses passes droits et dérivent qu’il en adviendraient. Il faut laisser la liberté d’expression s’exprimer – MC].

« Les réseaux sociaux amplifient les idiots et les dingues. » Après l’assassinat de Samuel Paty, décapité à l’issue d’une cabale numérique lancée par un parent d’élève, le constat pourrait émaner d’un entourage éprouvé, d’un ministre exaspéré, d’anonymes consternés.

Il vient d’être prononcé, à quelques milliers de kilomètres de Conflans-Sainte-Honorine, par un certain Eric Schmidt, l’ancien patron de Google, qui a supervisé le rachat de YouTube en 2006. Autant dire qu’il connaît son sujet.

Maintenant que la haine en ligne et l’obscurantisme ont tué, comment pacifier nos conversations sur les réseaux sociaux ?

Pour répondre vite et fort, certains responsables politiques ont renoué avec les charges contre l’anonymat sur Internet, mais la vidéo qui a distillé le venin ici a été diffusée à visage découvert.

C’est finalement le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications élecroniques, Cédric O, qui a porté le meilleur constat : « Les réseaux sociaux doivent être régulés pour ce qu’ils sont : de formidables accélérateurs de diffusion, qui propagent les contenus les plus viraux (hélas les plus nocifs car les plus rémunérateurs) ».

Car si nos conversations en ligne sont gratuites, elles viennent tout à la fois consolider le modèle économique des plateformes et récompenser, par un système de gratification, les soutiers (nous) qui alimentent cette chaudière jamais rassasiée. « La finalité de ces espaces est de générer une rente attentionnelle, rappelle Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes, auteur du Monde selon Zuckerberg (éd. C&F). La vidéo du parent d’élève qui a déclenché cette spirale infernale a été partagée par des comptes très suivis, comme celui de la mosquée de Pantin. Pas nécessairement parce qu’ils adhèrent au fond, mais parce que c’est facile à faire. »

Ça ne demande aucun effort intellectuel et ça permet d’exister socialement. Il s’agirait alors, selon le chercheur, de « briser les chaînes de contamination », mais avec quels moyens ?

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Dans l’hémicycle, le Premier ministre, Jean Castex, a enjoint aux députés de reprendre les travaux de leur collègue Laetitia Avia, dont la loi visant à lutter contre les contenus haineux sur Internet, a été retoquée par le Conseil constitutionnel en juin dernier. « Le texte a été censuré notamment parce qu’il imposait aux réseaux sociaux un délai fixe de vingt-quatre heures pour donner suite aux signalements », explique Emmanuel Netter, professeur de droit privé à l’Université d’Avignon. « Les plateformes n’auraient eu d’autre choix que de surcensurer les contenus sans les examiner correctement, afin d’éviter les sanctions. »

Aurait-elle permis d’éteindre le départ de feu initié par le parent mécontent ? Sa vidéo aurait-elle été jugée illicite ? Rien n’est moins sûr, selon Emmanuel Netter : « Il y avait un arbitrage à rendre entre liberté d’expression et protection de l’enseignant contre un risque de violence. Cette mise en balance des libertés, il n’appartient pas aux sociétés privées exploitant les réseaux sociaux de l’opérer. C’est la prérogative du magistrat que d’articuler les libertés publiques dans notre pays. »

Pour d’autres, la loi Avia souffre d’un défaut de fabrication plus profond : elle renforcerait au bout du compte le pouvoir des entreprises qu’elle entend civiliser, en ne s’attaquant pas aux racines du mal.

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Olivier Tesquet. Télérama. Titre original : « Après l’assassinat de Samuel Paty, peut-on freiner la haine sur les réseaux sociaux ? ». Source (Extrait)