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En ces temps de restritions diverses … dont économique, faut-il s’étonner de la future restauration monumentale du grand palais à Paris, en prevision des jeux olympique de 2027 … ????

Serait-ce le signe d’un changement d’ère ?L’amorce d’une révolution culturelle qui, en France, reverrait enfin les « grands projets d’architecture » à l’aune de la frugalité et du bon sens?

Faut-il y voir la reconnaissance implicite d’un vieux et récurrent mensonge sur la réalité des coûts et des délais en matière de grands chantiers publics?

Ou s’agit-il d’un coup de stress qui, en ces temps incertains de crise sanitaire et de défiance à l’égard des politiques, aurait saisi la ministre de la Culture, affolée à l’idée de ne pouvoir accueillir dans un Grand Palais rénové les épreuves d’escrime des jeux Olympiques de 2024 ?

Le communiqué est tombé fin septembre, alors que le chantier de rénovation voulu et lancé par Jean-Paul Cluzel, alors patron du Grand Palais, […] allait démarrer. Stop !

Plutôt que de tout casser pour tout refaire à l’intérieur de ce colossal vaisseau de pierre, de verre et de fer posé pour l’exposition universelle de 1900 au bas des Champs-Élysées, « le ministère a décidé de réorienter le projet vers une restauration plus sobre. Les destructions sont réduites au minimum, et le projet n’impose plus de creuser sous la nef ni dans les espaces boisés situés aux abords du monument. La dimension écologique du projet est ainsi renforcée ». Dit comme ça, on applaudit. Mais quand on creuse […] dans les tenants et aboutissants de cette affaire à tiroirs, les choses se compliquent.

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Pourquoi le projet actuel, largement revu à la baisse, coûte-t-il la même somme faramineuse de 466 millions d’euros (dont 377 pour les seuls travaux), soit le prix d’une dizaine de lycées ou de deux grands hôpitaux?

Premier élément de réponse : « Depuis le concours, certains désordres imprévus sont apparus ». Fin 2018, lors d’une inspection de la statuaire, une allégorie a perdu un morceau, d’autres sculptures s’effritent. Il faut les restaurer « en restant dans l’enveloppe du budget ». Certes. Mais leur réfection devrait plafonner à 10 ou 15 millions d’euros.

Rien à voir avec les 50.000 tonnes de terre qu’on ne sortira pas de sous la nef pour « la création d’une plate-forme logistique capable d’accueillir des semi-remorques » demandée lors du concours par le flamboyant Jean-Paul Cluzel, parti à la retraite en 2016 et épinglé pour « l’envolée des coûts de rénovation du Grand Palais », comme le révélait en 2018 Le Canard enchaîné.

Rien à voir encore avec une autre de ses lubies: la création de la « rue des Palais » bordée de boutiques qui devait traverser le monument entre la Seine et les Champs-Élysées pour desservir d’un côté la grande nef, de l’autre le Palais de la découverte, au prix d’importants bouleversements de structures.

Ni, enfin, avec la démolition-reconstruction des Galeries nationales (les vastes espaces d’exposition créés dans les années 1960 par l’architecte Pierre Vivien (1909-1999) à l’est et au nord du Grand Palais) désormais ajournée.

Subsistent au programme, outre la statuaire, la lourde restauration du clos et couvert (la structure du bâtiment), et, nouveauté confiée à l’architecte en chef, « un grand ménage de ce Grand Palais devenu de plus en plus petit», comme le dit Chris Dercon.

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Mais comment donc se fait-il que « faire moins » coûte autant?

Une fois encore, le budget annoncé lors du concours a-t-il été sous-évalué? Autour de la table, on opine. L’un tente tout de même : « Avec le Covid, on a pris du retard, le calendrier filait. » Mais personne ne nie les fâcheux précédents : le musée des Confluences à Lyon, annoncé à 60 millions d’euros, en a coûté cinq fois plus ; la Philharmonie de Paris, validée à 136 millions, est sortie à 386 avec des années de retard… […]

QUELS PROJETS POUR LE GRAND PALAIS?

« Nous allons montrer qu’une architecture ancienne peut être moderne… par sa simplicité même », insiste François Chatillon, l’architecte en chef. Son mantra : retour aux sources et méthodes douces au service de ce gigantesque « Monument consacré par la République à la gloire des arts français », comme on peut le lire au fronton de son aile ouest, construit en moins de trois ans par quatre Grands Prix de Rome. […]

Un coup de maîtres : derrière ses façades un peu mastoc de style Beaux-Arts, leur bâtiment de 77.000 mètres carrés (plus grand que le château de Versailles !) est un superbe outil : facile d’accès, spacieux, baigné de lumière.

Ici, on peut tout faire. Spectacles équestres, fête foraine, Salon de l’auto, de la locomotion aérienne. Hôpital militaire de la Grande Guerre, garage pour la Wehrmacht. Salon des indépendants, des arts ménagers, de l’enfance, du livre, rare ou non. Foire de Paris, concours Lépine, Paris Photo, Fiac, Monumenta… Ou, chaque année, pour les happy few, le mirobolant défilé Chanel (sponsor à hauteur de 20 millions d’euros des actuels travaux).

Le projet de « grand ménage » se rapproche de cette simplicité originelle. Avec des améliorations. La nef, avec ses neuf mille visiteurs, pourra doubler sa jauge grâce à la réfection des balcons et l’aménagement de sorties de secours.

Les grandes galeries seront plus au large, mieux distribuées autour d’une entrée unique, par le square Jean-Perrin (côté Champs-Élysées). Là, passé les contrôles, les visiteurs accéderont à de vastes espaces qui desserviront les grandes galeries, le Palais de la découverte, la nef, les boutiques des musées, une cafétéria, un auditorium, des ateliers et, au sous-sol, le Palais des enfants… Chris Dercon parle de « campus ouvert des arts et des sciences », évoque « un nouveau type d’exposition à inventer après la Covid ».

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Avec une idée, a priori plus consumériste que culturelle : « Faire en sorte que les gens restent plus que le temps d’une expo.» En attendant la mise en œuvre de ces plans sur la comète un peu gazeux et la réouverture du site au printemps 2025, le patron pourra se faire les dents (et nous charmer?) au Grand Palais éphémère, une halle en bois presque aussi vaste que la grande nef, démontable et assez élégante que l’architecte Jean-Michel Wilmotte monte sur le Champ-de-Mars et qui sera opérationnelle à la fin de l’hiver


Luc Le Chatellier – Télérama- titre original : « les coups de balai au grand palais ». Source (Extrait)