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La Ligue de Football et les clubs se préparent déjà à une sévère cure d’austérité.

Assemblée générale réunissant en hâte, le 19 octobre 2020, les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2; mise en demeure d’un créancier devant le tribunal de commerce ; emprunt de 120 millions souscrit en urgence et au prix fort (5,5 % d’intérêts) auprès d’une banque anglaise ; réclamations de Canal Plus en vue d’une baisse des droits de diffusion…

Pour récupérer les 814 millions de droits télé que doit lui verser chaque année, jusqu’en 2024, le groupe sino-espagnol Médiapro, la Ligue de football professionnel (LFP) avait aussi accepté une « médiation ad hoc » (« Le Canard », 14/10) sur proposition de Guilhem Bremond, l’avocat de Media-pro, spécialisé dans le sauvetage des boîtes en difficulté.

La Ligue a donné son accord, et un conciliateur a été nommé : Marc Sénéchal, autre orfèvre pour entreprises en situation désespérée. Mais, pour l’instant, l’argent ne ruisselle pas.

Dehors l’arbitre ?

Médiapro peut faire traîner les choses au moins cinq mois (« L’Équipe », 20/10) en jouant sur les lenteurs de la procédure judiciaire, aggravées par les ordonnances Covid du 20 mai.

De son côté, la Ligue ne peut guère attendre : elle se retrouverait vite contrainte à un face-à-face périlleux avec un éventuel repreneur des droits de diffusion qui pourrait dicter ses conditions.

L’idée en vogue serait donc de faire de la place pour un nouveau partenaire, qui se retrouverait co-diffuseur ou codétenteur des droits à côté de Médiapro.

Vincent Labrune, le patron de la LFP, envisage bien des contre-attaques : par exemple, se servir dans la caisse du fonds chinois Orient Hontai Capital, actionnaire majoritaire de Médiapro, qui avait apporté sa garantie. Manque de bol, ce fonds est inviolable pendant toute la procédure de médiation.

Autre piste : selon le site du mensuel « Capital » (18/10), la Ligue a obtenu le gel des abonnements récoltés par Téléfoot, qui ne peuvent donc être transférés à l’actionnaire.

Sauf que cette opération ne bloque qu’une mince poignée d’oseille — loin des 172 millions qui auraient dû être versés à la Ligue le 5 octobre.

Bref, faute de marquer un but décisif l’organisme directeur des clubs pros joue à la baballe.

Qui veut perdre des millions ?

Pendant ce temps, les présidents de club commencent à paniquer en voyant les échéances arriver. Et les plus gros ne sont pas forcément les plus à plaindre.

A Orléans, modeste équipe de National, les droits reversés par la Ligue représentent le quart d’un budget annuel d’environ 5 millions.

Le FC Chambly Oise, club d’une ville de 10.000 âmes et héros de la Coupe de France, passé chez les pros l’an dernier, s’inquiète : 5 des 7,25 millions de son mini-budget proviennent des droits télé. Les cendrillons de la Coupe sont dans leurs petits souliers…

Même Saint-Etienne, qui vient d’expédier son défenseur Fofana en Angleterre pour 40 millions d’euros et a vendu, l’an dernier, deux joueurs pour 42 millions, reste très endetté. « Le crédit joueur devient notre variable d’ajustement », note élégamment l’un de ses dirigeants.

Autre panier percé ? Le SCO d’Angers, qui, sitôt après l’annonce de l’accord entre Media-pro et la Ligue, a gonflé de 20 % la masse salariale du club.

Fini le temps des flambeurs.

Après le champagne, vous prendrez bien un gobelet de mousseux ?


Alain Guédé. Le Canard enchaîné. 21/10/2020