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… Lance son lycée « Autrement », qui mixe, à Paris, boursiers et élèves à 9.500 euros par an, et … abrite un directeur d’études sulfureux et ses drôles d’amis.

Censé préparer au bac en deux ans, il offre une année d’ « élévation » culturelle en vue d’une classe préparatoire aux grandes écoles.

Attention, quand il s’agit de réduire les inégalités sociales, la fille de Brigitte Macron et néanmoins belle-fille du président, ne mégote pas. Les boursiers à 950 euros l’année (une petite somme, tout de même) sont aussi les bienvenus dans son lycée du XVIe arrondissement de Paris, installé dans un ex-club de bridge, à deux pas du lycée Saint-Louis-de-Gonzague, où enseignait sa mère.

Licencié en série

Sur les 23 élèves qui ont fait la rentrée, 17 sont boursiers. Qui dit mieux ? L’idée de l’établissement revient à Thibault Guilluy, Thiphaine Auzière a été la suppléante aux législatives. Bombardé haut-commissaire à l’Inclusion dans l’emploi et à l’Engagement des entreprises lors du dernier Conseil des ministres (14 octobre), Guilluy ne manque pas de constance.

Il y a une petite dizaine d’années déjà, il voulait monter une boîte avec Christophe Cadet, ex-patron des prépas de l’école privée catholique Saint-Jean de Douai. En 2011, ce dernier y a décroché un record: 43 admis à HEC ! Manque de bol, il a été licencié la même année…

Depuis, il traîne une réputation sulfureuse — en 2019, il a été limogé d’Intégrale, une autre prépa privée. Thiphaine Auzière ne connaissait pas son histoire, qu’elle n’a apprise que pendant le confinement. Dans

Paris Match » (8/10), Cadet applaudit sa recruteuse : « Elle n’a pas cillé quand le vide-ordures planétaire a déversé des saloperies sur moi. » Quelles « saloperies » ? L’intéressé n’a pas souhaité répondre au « Canard ».

Dans la lettre de licenciement pour faute grave, sans préavis, que lui avait adressée, le 12 décembre 2011, le lycée de Saint-Jean de Douai, on lui reprochait d’avoir rémunéré un enseignant avec un budget qui n’était pas prévu pour cela, et d’avoir engagé 22.000 euros de dépenses sans l’autorisation du chef d’établissement.

En outre, une lettre aux parents détaillait sa méthode pour briller aux concours des grandes écoles : « M. Cadet avait mis en place un système dans lequel 19 élèves suivaient des cours de seconde année mais étaient inscrits officiellement en première année. » Au concours, ils se présentaient en candidats libres, et seuls les tout meilleurs étaient officiellement en lice pour Saint-Jean.

A la droite des Le Pen

Licenciement abusif? Cadet ne répond pas davantage. Trop occupé, sans doute, à gérer la prépa HEC qu’il relance discrètement en utilisant la renommée de Tiphaine Auzière.

A elle la com’ officielle sur le lycée, à lui la « prépa Autrement », gérée avec son savoir-faire habituel. « Deux entités distinctes qui mutualisent certaines choses », dit Guilluy, qui ne veut pas s’avancer sur les tarifs et l’impératif de « mixité sociale » de l’entité prépa. Cadet a fait venir cinq profs qui se trouvaient déjà à Saint-Jean, plus un ami et historien renommé : Pascal Gauchon. Un ancien dirigeant du Parti des forces nouvelles, situé à droite de la famille Le Pen, et dont Thiphaine Auzière ignore tout.

La belle-fille du chef de l’Etat sur la même affiche qu’une grande conscience d’extrême droite, voilà qui n’est pas banal. Au moins, les cours d’histoire du lycée « Autrement » ne risquent pas de verser dans le gauchisme !


Jean-Michel Thenard. Le Canard enchaîné. 21/10/2020