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Michèle RubirolaPas très à l’aise dans son fauteuil, l’édile écolo de Marseille, entre son premier adjoint socialiste et des problèmes de santé, a du mal à s’installer.

Le jeudi 15 octobre Michèle Rubirola est encerclée par la presse, dûment briefée.

  • Arrêtez avec vos questions nulles, la politique politicienne la saoule, on ne parle que d’Octobre rose, compris ?
  • La maire de Marseille finit tout de même par accepter quelques échangés.
  • Ira-t-elle au bout de son mandat ? Elle s’en sort par une pirouette : « Si demain je me fais écraser, je ne serai pas là. Si je ne me fais pas écraser, je serai toujours là. »

« Ecraser », c’est elle qui a choisi le mot, et ce n’est pas la première fois. Depuis qu’elle est élue, elle se dit « écrasée» par le décor de la mairie, n’aime pas toutes ces dorures, évoque « un passé historique un peu lourd ». Les tentures l’étouffent, l’ambiance la déprime, le mobilier la rebute.

« Michèle n’a jamais voulu être là, elle n’aime pas se pousser du col, c’est une constante chez elle. Les circonstances l’ont placée là, mais toute sa vie est à rebours de ça. Médecin des quartiers nord de Marseille, elle a choisi des valeurs plutôt qu’une carrière, les grandes tablées de copains avant l’ambition. Là, elle est coincée », dit un député qui la connaît depuis la campagne des régionales de 2010.

Elle se voyait adjointe à la santé, la voilà dans le fauteuil de maire. La faute aux circonstances. Campagne calamiteuse de Martine Vassal, la régionale LR de l’étape, qui devait succéder à Gaudin. Un socialiste expérimenté, Benoît Payan, jugé trop proche d’Alexandre Guérini. La France insoumise divisée sur le cas de sa candidate Sophie Camard. Des écolos qui veulent y aller tout seuls, sans convaincre.

Et, dans ce joyeux foutoir, Rubirola la discrète, qui s’investit dans le Printemps marseillais. Elle est écolo, elle aussi, mais elle veut l’union. Son parti la suspend, mais le temps passe et l’évidence s’impose : il ne reste qu’elle. On la voit sur les écrans, on la découvre sensible, ne cachant rien de ses doutes, différente des vieux briscards, les Mélenchon, les Gaudin.

Quatre jours avant le premier tour, une figure de la gauche marseillaise la prend à part : « Michèle, tu vas gagner, prépare-toi. » Elle secoue la tête, répond doucement :« Mais je ne veux pas. » Elle n’a pas pu refuser, parce qu’elle était la seule à pouvoir gagner. « On a sous-estimé le dégagisme à Marseille. Les électeurs ont voulu changer de monde, et c’est Michèle Rubirola qui incarne le mieux ce monde d’après », juge François-Michel Lambert, député Liberté Ecologie Fraternité (LEF) des Bouches-du-Rhône.

Une étude de la Fondation Jean-Jaurès de 2020 dresse un portrait précis de ces habitants plutôt favorisés du centre-ville qui l’ont plébiscitée : jeunes, éduqués, dégoûtés par la politique marseillaise, en recherche d’un ailleurs.

Et, maintenant, on fait quoi ?

Parce que Rubirola est seule, a de réels problèmes de santé et s’appuie sur son premier adjoint, Benoît Payan, un socialiste du « vieux système ». « C’est devenu le maire bis, toutes les embauches passent par lui », déplore un proche de l’édile.

Le directeur de cabinet, Christophe Pierrel, est un ancien de l’Elysée sous Hollande, passé autrefois chez Michel Vauzelle comme Payan. Son directeur général des services, Benoît Quignon, homme clé de la mairie, vient de Lyon, où il a longtemps travaillé avec Gérard Collomb. Sa conseillère aux transports et à la politique de la ville, Christine Revault d’Allonnes, est une ancienne eurodéputée socialiste passée par le cabinet Tilder, qui conseille les décideurs en « communication corporate » et autre « leadership ».

Rhétorique parano

Pour tout arranger, Michèle Rubirola se plante lors de sa première grande émission télévisée. Elle cherche ses mots, flotte. Sa communication sur la crise sanitaire, donne trop souvent dans la rhétorique victimaire. Ainsi lance-t-elle : « On condamne Marseille, et seulement Marseille », dénonçant, un rien démago, des « sanctions », des décisions prises par « des gens basés à Paris », des gens « déconnectés des réalités ». La presse fait ressortir opportunément un tweet de 2018 dans lequel elle soutient les professeurs Joyeux et Montagnier dans leur croisade anti-vaccins…

Le Printemps marseillais, qui n’a pas réussi à prendre la présidence de la métropole, restée aux mains de la droite, va devoir partager le pouvoir sur la gestion des réseaux de transport urbain, celle de l’eau, des déchets et du plan local d’urbanisme.« La gestion de Gaudin a été une telle calamité, le délabrement de la droite est tel qu’il nous suffira de faire une gestion un peu pé­père de Marseille, en mettant en avant la personnalité de Michèle, pour que ça passe », veut croire un membre actif du Printemps Marseillais. Il est déjà un peu loin, le monde d’après.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 21/10/2020