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En Ile-de-france, l’un des territoires les plus touchés par l’épidémie de coronavirus, l’agence régionale de santé (ARS) a fait ses comptes.

Et ils ne sont pas brillants : en cas d’aggravation majeure de la crise sanitaire, il serait impossible aux hôpitaux d’accueillir simultanément plus de 1.700 patients Covid en soins critiques. Ce qui représente 30 % de moins qu’en mars et en avril, où les disponibilités avaient (très difficilement) atteint les 2.500 places !

Ce constat alarmant jure avec les annonces tonitruantes d’Olivier Véran. Depuis l’été, le ministre de la Santé affirme que les capacités de réanimation pourraient doubler en cas de besoin. Soit environ 5.000 lits pour la région parisienne.

1.700 places d’après les fonctionnaires, 5.000 selon leur ministre… Comment expliquer pareille différence ?

D’abord, comme le martèlent les médecins, plus question de reporter massivement les opérations chirurgicales pour faire de la place.

Cette fois, seules devront être déprogrammées les interventions pouvant réellement attendre. Ensuite, l’épidémie frappant désormais tout le territoire, il est impossible de faire venir des renforts d’autres régions. Enfin, la pénurie de personnel soignant empêche d’ouvrir les lits supplémentaires promis par le ministre.

Panoplie d’infirmière

Les hôpitaux font pourtant flèche de tout bois. A la demande de la Direction générale de la santé, les infirmières travaillant dans d’autres secteurs sont ainsi invitées à s’initier à la réanimation, via une formation expresse de quatorze heures dispensée par un splendide PowerPoint !

Plus fort encore : le ministère envisage d’autoriser « temporairement » des « non-aides-soignants » à exercer la profession d’aide-soignant… Au lieu des dix mois de formation habituellement requis, il suggère de proposer aux volontaires « des modules très courts, et adaptés », permettant de former « en quinze jours des personnels habilités ». On n’est plus loin de la médecine de guerre…

Dans les bilans quotidiens de l’ARS d’Ile-de-France, une rare note d’optimisme est à relever : la deuxième vague de Covid paraît (pour l’instant) épargner la majeure partie des Ehpad d’Ile-de-France. Sur 700 établissements, seuls 137 (soit 20 %) ont déclaré avoir été touchés depuis le rebond épidémique.

Au mois de mars, c’était l’inverse : une petite minorité d’Ehpad avaient alors échappé au virus. Un respect scrupuleux des gestes barrières et des mesures d’hygiène semble à l’origine de cette spectaculaire amélioration. Mais un autre constat intrigue les experts : des campagnes de tests sérologiques ont mis en évidence des taux très importants de positivité dans de nombreux établissements.

De quoi laisser ouverte l’hypothèse d’un début d’immunité collective chez les résidents. Il n’est pas interdit d’espérer…


Article signé des initiales L B. et H. L. – Le Canard Enchainé – 21/10/2020