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L’amendement a fait un tabac (l’auteur de l’article est pas peu fier de son jeu de mots), le 7 octobre 2020, en commission des Finances de l’Assemblée. Finalement retoqué, il en dit long sur la nouvelle stratégie des fabricants de clopes, confrontés à ce drame : la baisse tragique du nombre de fumeurs…

Reprenant à leur compte la communication de Philip Morris and Co, les députés Charles de Courson (groupe Libertés et Territoires) et Lise Magnier (Agir) ont plaidé pour l’abaissement de la taxe pesant sur le « tabac à chauffer », dont les sticks ne sont plus brûlés mais « chauffés par pyrolyse ». Ça change tout !

A en croire les cigarettiers et leur longue tradition de bonne foi, le tabac chauffé serait 90 % moins nocif que la cigarette classique. Nos deux députés y croient. Et Courson d’affirmer : « Le plus astucieux serait un abattement fiscal de 90 % (…), puisque c’est 90 % moins polluant. » Génial, non ?

La taxe force des taffes

« Dire que le tabac à chauffer est moins dangereux que la cigarette normale, c’est comme se jeter du 8e étage au lieu du 10e », toussote Pascal Diethelm, du Comité national contre le tabagisme.

En juillet, l’Organisation mondiale de la santé a tranché, dans un communiqué : l’usage de ce produit « ne se traduit pas par une diminution des risques pour la santé humaine ».

Tout ce lobbying réduit en cendres…

En France, le tabac à chauffer est moins taxé que les clopes classiques, mais « [cest le pays d’Europe où il l’est le plus, regrette Charles de Courson. On ne peut pas rester dans cette situation ». Euh… si, rétorquent les antitabac, qui dénoncent un enfumage « pour décrocher une fiscalité plus avantageuse ».

Et ça marche !

Entre 2016 et 2019, le nombre de cigarettes vendues par Philip Morris a dégringolé de 100 milliards d’unités.

Dans le même temps, le chiffre d’affaires du cigarettier a bondi de 22,5 milliards à 25 milliards d’euros. Comment ? Grâce à son machin chauffé.

En 2019, celui-ci a représenté 8 % des unités vendues par Philip Morris mais 19 % de son chiffre d’affaires ! « Grâce aux pertes fiscales concédées par les pays sur ces nouveaux produits », explique Pascal Dietheim.

Conclusion de Laurent Saint-Martin (LR-EM), rapporteur de la Commission : « L’abattement à 90 %, excusez-moi, je vois bien la balle venir, mais je considère que ce n’est pas tout à fait responsable en termes de santé publique. »


Article signé des initiales I. B. – le Canard enchaîné. 14/10/2020