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Ce mensuel, qui depuis fort longtemps tente de vulgariser les « SCIENCES » ; « Science & Vie » (récemment racheté à Mondatori par le Groupe Reworld Media) a vu ses rédacteurs se mettre en gréve … Les Raisons …

En 107 ans d’existence,c’était une première. Et une prouesse dans la presse française : la «grève illimitée » qu’avait déclenchée, le 28 septembre, la rédaction du mensuel « Science & Vie », menaçait son bouclage. Impassible, la direction a fait savoir aux mutins que le numéro serait « finalisé par des équipes extérieures ». Des scientifiques de haut vol, à coup sûr…

Résultat : quatre jours plus tard, les confrères de « Science & Vie » ont préféré suspendre leur mouvement plutôt que d’assister à un massacre, sans rien obtenir d’autre que des promesses de discussions. Bref, la grève « illimitée » a été limitée. Allez, hop ! à la schlague !

Un an après le rachat de Mondadori (« Biba », « Grazia », « Auto Plus », « Pleine Vie », etc.) par le groupe Reworld Media, c’est donc au tour du magazine scientifique, l’une des pépites du catalogue, de savourer les méthodes de ses nouveaux tauliers.

Le vénérable mensuel (150.000 abonnés, des ventes en kiosques de 30.000 à 40.000 exemplaires avant la crise sanitaire) a déjà connu une cure d’amaigrissement : depuis un an, les effectifs ont presque fondu de moitié, passant de 29 à 16 employés. Et la revue de vulgarisation scientifique, pourtant en bonne santé, est désormais privée d’expert en médecine. En pleine pandémie, c’est ballot !

A présent, les journalistes de « Science & Vie » doivent défendre leur indépendance éditoriale face au trio de choc de Reworld Media : Pascal Chevalier, Gautier Normand et Jérémy Parola. Eux, leur truc, c’est le « contenu » (sans enquête ni souci de l’écriture). Ce qui compte, c’est que l’article fasse du tintamarre, du clic, du buzz, autrement dit de la thune, du cash, de la fraîche ! Et prière de ne jamais déplaire aux annonceurs…

Gros contenus

Le 28 septembre, le jour même où le patron de la rédaction, Hervé Poirier, annonçait à ses troupes qu’il était poussé dehors (le départ qui a déclenché la grève), Jérémy Parola, le directeur des activités numériques, se réjouissait sur la Toile de l’arrivée de la première promotion de l’« école Reworld Media » : une vingtaine d’étudiants en alternance, formés à la va-vite par le groupe pour devenir les « producteurs de contenus d’aujourd’hui ».

Ce sont d’ailleurs ces mêmes « producteurs » qui contribuent largement au dernier magazine que vient de lancer Reworld, « Mission patrimoine », en collaboration avec Stéphane Bern (Mr lèche C… royaux). Un numéro (à 4,95 euros) tous les trois mois, des articles historiques, faciles à bricoler, une campagne de lancement du tonnerre dans… les autres magazines du groupe Reworld.

Avec les producteurs de contenus d’aujourd’hui, on fait la grande presse de demain !


Jérôme Canard – le Canard enchaîné. 14/10/2020