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Le président du groupe énergétique cultive une solide addiction aux hydrocarbures.

Les représentants de l’Etat au sein d’Engie n’ont pas réussi à enrayer l’OPA hostile du leader de l’eau Veolia sur son concurrent Suez. Mais ils ont su se faire entendre sur le gaz de schiste, un dossier tout aussi sulfureux…

Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, avait inscrit au menu du conseil d’administration du 30 septembre la signature d’un méga contrat gazier de 6 milliards d’euros avec la société américaine Next-Decade (La Lettre A, 2/10).

Cinq minutes avant la tenue du conseil, les trois administrateurs de l’Etat, premier actionnaire du fournisseur d’énergie, ont obtenu le retrait de ce projet de l’ordre du jour. Ça sentait trop le gaz ?

« Cela ne correspondait pas à notre vision environnementale », indique un porte-parole de Bruno Le Maire, joint par « Le Canard ». Étalée sur vingt ans, ce contrat d’approvisionnement s’appuie sur l’exportation de gaz de schiste liquéfié partant du terminal de Rio Grande (Texas) – un projet contesté par les ONG.

Sur le plan financier et géostratégique, un beau coup : acquérir des cargaisons de gaz de schiste américain à un tarif avantageux réduit la dépen­dance au gaz russe.

Écologiquement, en revanche, le projet est invendable !

Prétendants carbonises

Yannick Jadot s’est d’ailleurs empressé de tweeter : « Choquant. Alors que l’Amérique brûle et que le climat s’emballe partout. La priorité absolue d’Engie de doit être la sobriété énergétique et, les renouvelables. »

Limogée en février, Isabelle Kocher, l’ex-directrice d’Engie, avait engagé le groupe dans une stratégie de transition vers le zéro carbone. Jean-Pierre Clamadieu est en train d’opérer un virage à 180 degrés.

A rebours de Patrick Pouyanné, le pédégé de Total, qui entend diminuer sa présence dans le pétrole pour accroître ses positions dans l’hydrogène, le biogaz et l’électricité solaire, le président d’Engie n’est affligé d’aucun surmoi écolo.

En 2013, Clamadieu, alors pédégé du chimiste belge Solvay, avait pris le contrôle de Chemlogics, une boîte fabriquant des produits chimiques nécessaires à la fracturation hydraulique. La méthode consiste à injecter

des solutions chimiques à haute pression pour libérer le gaz prisonnier des roches situées en profondeur : un vrai bonheur pour les nappes phréatiques…

Le 11 juillet 2014, le super-chimiste avait rendu public un rapport de l’Institut Montaigne ultra-favorable à l’exploitation de gaz de schiste en France. Son opération de lobbying s’était heurtée au duo Macron-Hulot, qui, le 7 septembre 2017, avait fait interdire la recherche d’hydrocarbures sur le territoire national.

C’est ainsi que le remplacement de la décarbonnée Isabelle Kocher à la direction générale d’Engie s’éclaire d’une lumière nouvelle : chargée du renouvelable au sein du groupe d’énergie, la candidate Gwenaelle Avice-Huet a été écartée? au profit d’une experte en or noir, Catherine MacGregor, présidente de Technip Energies.

Bruno Le Maire souhaitait une femme, il l’a eue ! Peu importe qu’elle se parfume au pétrole ?


Odile Benyahia-Kouider. Le Canard enchaîné. 14/10/2020