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La création par Suez d’une fondation aux Pays-Bas pour empêcher Veolia de racheter sa filiale eau est une idée brillante… et pleine de périls.

Le 23 septembre 2020, lors du conseil d’administration (CA) présidant à la création du dispositif, les avocats du groupe ont mis en garde : ce projet pourrait être annulé par un recours en justice (« action en nullité ») de mécontents.

Ils ont aussi souligné que chaque administrateur de Suez risquait d’être traîné individuellement devant les tribunaux (« action en responsabilité »). Ambiance…

Enfin, ils ont estimé que le CA pouvait être révoqué si des actionnaires détenant plus de 5 % du capital obtenaient la convocation judiciaire d’une assemblée générale. Déclaration de Suez au « Canard » : « Pas de commentaire. »

Sucreries aux salariés

L’alerte des avocats était prémonitoire : dès le lendemain, le Ciam, un fonds d’investissement actionnaire minoritaire de Suez et favorable au rachat par Veolia, a écrit au patron pour l’avertir qu’il allait « engager le dialogue avec les autres actionnaires afin de faire convoquer une AG ». L’histoire ne précise pas si la lettre était accompagnée d’un bouquet de tulipes.

Choisis en toute discrétion, les trois dirigeants de la fondation semblent pourtant à même de rallier bien des soutiens : à un avocat néerlandais s’ajoute Bernard Guirkinger, ex-directeur général adjoint de Suez Environnement et grand supporteur d’Emmanuel Macron dès 2016, au point d’avoir figuré comme tête de liste En marche ! aux élections sénatoriales de 2017 en Moselle.

Enfin, Franck Reinhold von Essen est le secrétaire CGT du comité d’entreprise européen de Suez.

Il faut dire que la direction du groupe est désormais aux petits soins avec les syndicats, échaudés par l’OPA de Veolia. Et qu’elle chouchoute les salariés. Le 23 septembre, toujours, le CA de Suez a décidé de réserver à ces derniers une augmentation de capital.

Bientôt, ils pourront acheter des actions Suez avec 20 % de réduction sur le cours de Bourse officiel et recevront de la direction un chèque d’un montant maximal de 400 €.

Les 1.000 manageurs de Suez seront encore mieux lotis, puisqu’ils achèteront leurs actions avec une décote de 10 %, mais bénéficieront d’un complément bancaire de neuf fois leur apport personnel et d’une garantie de leur apport, ainsi que d’un rendement annuel assuré.

Merci, patron !

Si, avec tout ça, des grincheux veulent encore ouvrir une voie d’eau dans le beau navire Suez…


Article signé des initiales J. C. – Le Canard enchaîné. 14/10/2020