Étiquettes

,

De délocalisation en externalisation est devenu très dépendant de la Chine pour de nombreux médicaments.

La dépendance de l’Occident à l’Asie, et en particulier à la Chine, en matière de médicaments devient préoccupante.

Selon les chiffres de l’ Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), le nombre de signalements de rupture ou de tension d’approvisionnement pour les Médicaments d’Intérêt Thérapeutique Majeur (MITM) (ceux pour lesquels il n’y a le plus souvent pas d’alternative efficace disponible) a été multiplié par 20 en dix ans, passant de 44 à 868 entre 2008 et 2018.

Pas de chance pour les patients concernés !

L’industrie pharmaceutique est la première responsable de cette situation. Non seulement les Big Pharma « délocalisent, mais elles externalisent aussi à tout-va depuis quinze ou vingt ans, pour minimiser les coûts et maximiser les profits », explique le professeur honoraire de pharmacie Alain Astier.

COÛT.

Plutôt que de maîtriser leur production de A à Z, comme avant, elles la fragmentent et sous-traitent jusqu’à la fabrication des matières premières – ce que l’on appelle les principes actifs. Sur le coût total du médoc, « ça ne représente pourtant pas grand-chose, poursuit le pharmacologue, mais, pour Pfizer, Sanofi, GSK et consorts, la logique financière l’emporte sur tout ».

C’est comme ça que la Chine se retrouve à produire 90 % de la pénicilline (principe actif nécessaire à la fabrication des antibiotiques), 60 % du paracétamol et plus de 50 % de l’ibuprofène.

Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme depuis des années.

L’Académie nationale de pharmacie milite pour la « création d’un établissement à but non lucratif européen ou français, comme aux États-Unis, pour définir une stratégie et gérer la fabrication des vieux médicaments », explique Alain Astier.

Quatre-vingt-dix pour cent des maladies sont en effet traitées par des médicaments mis au point il y a plus de cinquante ans. Or, selon lui, ces derniers « sont jugés pas assez lucratifs et donc sciemment abandonnés par les groupes pharmaceutiques ».

CONCENTRATION.

« Même si on milite pour le rapatriement de la fabrication des principes actifs, cela ne suffit pas, car seulement 20 % du problème vient de là », renchérit son complice Jean-Paul Vernant, professeur émérite d’hématologie, qui plaide pour l’instauration d’une structure parapublique.

Elle n’est toutefois pas à l’ordre du jour, malgré l’obligation faite aux industriels de constituer un stock de sécurité de deux à quatre mois pour les fameux MITM votée dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 !

En visite chez Sanofi en juin, Emmanuel Macron a eu beau parler d’une possible relocalisation de la production de paracétamol en France et d’une première enveloppe de 200 millions d’euros pour financer sites de production et centres de recherche, les spécialistes restent sur leur faim. Il faut dire que le laboratoire français a dévoilé dix jours plus tard un plan d’un millier de départs volontaires.


Source : « Les dossiers » du Canard Enchaîné. N°157 octobre 2020