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Le candidat espéré de « Les  Républicains » (LR) en 2022 se défile. Aux ennuis d’une présidentielle, il préfère sa mairie, l’Association des maires de France et ses lucratives activités dans le privé.

Hé, dites, pourquoi il faudrait se casser la nénette ? Assis, au printemps dernier, à la terrasse de ce café parisien de la rue Cadet qu’il affectionne, François Baroin est détendu, rigolard face à ses potes. La mine fraîche, l’oeil qui frise. Sympa, ce doux soleil qui lui réchauffe les épaules.

L’économie s’effondre, va y avoir une sacrée casse, c’est pas de bol, mais c’est pas une raison pour se stresser. Et il y va de quelques confidences. Tiens, Macron, qui, disait-il, l’avait fait vieillir, prend à son tour un coup de vieux. Les nuits trop courtes, ça pardonne pas. Baroin a, lui, toujours bien pris soin de son sommeil.

C’était quelques mois avant qu’il enchaîne les tête-à-tête avec les flippés de son parti qui espèrent encore trouver un candidat capable de passer le cap du premier tour en 2022. Du calme, les gars, c’est foutu, n’en faisons pas un plat. « Baroin, qui n’a jamais eu envie d’y aller, est persuadé que le candidat de la droite ce sera Macron. Sarkozy l’a conforté dans cette idée. Bref, il pense qu’on n’a pas d’espace. Et, comme le sens du sacrifice n’a jamais été son truc, voilà où on en est », raconte un député qui le connaît bien.

Il a su esquiver ce moment un peu pénible où il faut annoncer le renoncement, affronter les caméras, les regards durs de ceux qu’on a un peu roulés dans la farine, et puis s’expliquer. Il a fait fuiter l’info par petites touches, la semaine dernière, sans se mettre face aux balles. Tout un art.

Histoires de sentimental

Oui, pourquoi se faire des nœuds au cerveau ? Il suffit de soigner habilement son image. Baroin, dit-il, n’aime pas la politique. Trop de coups, trop de dureté, a toujours expliqué le maire de Troyes (en politique depuis vingt-cinq ans, plusieurs fois ministre, parlementaire, sénateur, aujourd’hui encore président de la puissante Association des maires de France (AMF)).

Et pourquoi n’aime-t-il pas la politique ? Parce qu’il est au-dessus de tout ça. « Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les idées. » Imparable. Ses « idées », il les développe dans ses livres, « Un chemin français », « Une histoire de France par les villes et les villages » et, le petit dernier, « Une histoire sentimentale, notre République par les villages et les villes ». Les « territoires », la ruralité, la décentralisation, chasse, pêche, nature et tradition, à moins que ce ne soit le contraire…

On ne l’a guère entendu pendant la première vague de Covid, guère entendu sur la campagne présidentielle américaine ni sur l’attitude de la Turquie en Méditerranée, il est resté coi sur le plan de relance, mais on a compris qu’il était contre la réforme de la taxe d’habitation. Fondamental, en effet.

Il aime parler de sa famille, de ses trois enfants, de sa compagne, Michèle Laroque, des canards sauvages qui survolent son étang. L’essentiel est ailleurs, glisse-t-il alors d’un air entendu, comme si les autres n’avaient pas d’attaches. On le croit alors dilettante, il n’en est rien.

Car le maire de Troyes, qui dirige également l’agglomération, est très occupé : il travaille aussi pour la banque Barclays, enseigne à HEC, préside l’AMF, est avocat associé du cabinet de son grand ami Francis Szpiner, membre du conseil d’administration de Sea-Invest Corporation, un des géants des terminaux portuaires. En prime, son nom circule pour un poste de dirigeant de la puissante banque Morgan Stanley.

Efficacité d’entremetteur

Il sait à merveille mélanger les genres et jouer de son carnet d’adresses. « C’est un ouvreur de portes très chic, il est efficace, classe. Sa voix fait des merveilles, sa proximité avec Chirac fait encore rêver, son histoire familiale apporte une touche de drame et de romanesque, bref les gens paient pour l’avoir comme entremetteur », raconte un gros industriel.

Il a aussi fort bien réussi à ne pas traîner l’image du parfait fils à papa de la politique. « Un exploit ! » s’amuse un sénateur LR.

« La notion d’héritage ne fait pas partie de mon vocabulaire », a-t-il osé affirmer il y a un an, lors de la mort de Jacques Chirac, faisant preuve du même culot « pyramidal » que son mentor.

C’est vrai que sa nomination, en 1987, comme chargé de mission pour le bicentenaire de la Révolution n’avait rien à voir avec le fait que son père, Michel Baroin, en avait été le président. Et, son élection de conseiller municipal de Nogent-sur-Seine, en 1989, rien à voir non plus avec le fait que son père en avait été le maire.

Comme son parachutage à Troyes est sans rapport avec la proximité entre l’ancien maire, Robert Galley, et… Chirac. Héritier, en voilà une idée, il est « fidèle », nuance. Et peu importe qu’il se soit rallié à Sarkozy, puis à Fillon.

A part ça, quelle saleté, la politique, chienne de vie.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 14/10/2020