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Si vous le permettez, chers amis, un petit point de la situation.

Après le confinement, l’économie a « rebondi ». Mais le fait essentiel de cette période, passé à l’as dans l’aveuglement général, fut celui-ci : en juillet 2020, l’activité n’a pas été plus forte qu’en juillet 2019.

C’est stupéfiant. Après ces deux mois d’économie à l’arrêt, nous aurions dû nous précipiter chez le coiffeur, le garagiste, le vendeur de frigos… Ce n’est pas arrivé.

Les pertes enregistrées par les entreprises durant le confinement n’ont pas été rattrapées. Elles ne le seront jamais. Des dizaines de milliers d’entreprises sont donc, en réalité, d’ores et déjà en faillite.

Ce n’est pas encore le cas d’un strict point de vue judiciaire, en raison du temps des procédures et grâce aux prêts avancés par l’État. Mais elles vont devoir rembourser prêts et aides un jour, et alors badaboum !

Après la crise de 2008, la société française avait eu le bonheur d’accueillir 1 million de personnes pauvres de plus. Un second million de miséreux vient d’y être ajouté en quelques mois à peine. Toujours plus vite, toujours plus fort !

Jean-Marc Vittori, des Échos, nous explique : « Les Français ont accumulé 86 milliards d’euros d’épargne de mars à juillet, pratiquement trois fois plus que d’habitude. Les entreprises, elles, débordent de cash […]. »

Tout va bien, alors ?

Non. Car « une loi d’airain de l’économie est ici à l’œuvre : on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif L’incertitude sur l’emploi et les ventes est telle que tout le monde préfère garder de l’argent devant soir (1) ». Bref, il y a de l’argent partout, sauf là où on en a besoin, c’est-à-dire dans les magasins.

Mais le plan de relance, alors ?

Lisant le bidule en détail, Xavier Timbeau, économiste polytechnicien particulièrement méticuleux, « sent une sorte de résignation de l’exécutif vis-à-vis de la hausse du chômage ». Pour Timbeau, il s’agit même « d’une sorte de suicide (2) ». Pourquoi donc ? Parce que sur les 100 milliards annoncés, moins de 30 seront en réalité dépensés l’année prochaine, en raison des multiples contraintes qui pèsent sur la dépense publique : vote de règlements, appels d’offres, dizaines de signatures à obtenir…

Nous sommes donc en dépression, dans tous les sens du terme, pour reprendre le juste mot des Américains à propos de la crise des années 1930.

Voici le scénario des deux prochaines années : activité au ralenti, chômage qui explose, pauvreté qui s’envole, obsession de la dette publique, destruction accélérée de nos services publics déjà en haillons. Vous rêviez d’aller aux États-Unis ? Plus la peine : ils vont vous être livrés à domicile.

Avec En marche ! , on voit que les « technobsédés » ne connaissent rien à la réalité, même celle des entreprises.

Certes, Le Maire a baissé les impôts de production. Mais, comme le dit Timbeau, qui connaît l’économie, lui, ce genre de mesure met «au moins cinq ans à avoir des effets ». Et encore, si elle en a. Le Maire fait plaisir à son pote Geoffroy du Medef et à son électorat en « diminuant la pression fiscale », mais, dans la réalité, il ne fait rien pour les boîtes.

De quoi auraient-elles besoin ? De commandes publiques ou de dépenses des ménages. Vous savez, Roosevelt, le New Deal.


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 14/10/2020


  1. «La relance de la saint-glinglin» (Les Échos, 6 octobre 2020).
  2. «C’est un plan de relance sans relance » (Les Échos, 28 septembre 2020).