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Une réalité sans appel la crise sanitaire c’est tout de suite transformée en crise sociale, avec l’augmentation de la précarité en France, ce que démontre et analyse le 14e baromètre Ipsos/SPF 2020 (*).

Il enregistre un recul rare en temps de paix : un Français sur trois a subi une perte de revenus depuis le confinement, même si les dispositifs d’activité partielle et d’arrêts de travail pour garde d’enfants ont servi d’amortisseurs.

Les actifs sont les plus exposés (y compris les étudiants contraints de travailler) : plusieurs mois après le déconfinement, 43% disent avoir perdu des revenus. Et 16% des répondants enregistrent une perte « importante ».

C’est le cas d’un tiers des ouvriers et de près d’un quart des personnes percevant moins de 1 200 euros nets par mois.

Cette parole contredit les récits (Gouvernement, Banque de France et autres) présentant les « ménages comme les agents économiques ayant le mieux traversé la crise ».

D’ailleurs, pour la première fois, les Français considèrent que le Smic (1.219 euros sur une base mensuelle) ne permet plus d’échapper à la pauvreté. Ils considèrent qu’une personne seule est pauvre si son revenu est inférieur à 1.228 euros net.

C’est aussi 165 euros au-dessus du seuil officiel de pauvreté. L’année 2019 avait été marquée par une dégradation sans précédent des conditions de vie des plus précaires (baromètre Ipsos / SPF 2019).

Pour faire face à leurs dépenses, les familles se tournent vers l’aide associative et se privent de vacances (57% de la population n’est pas partie cet été, 26% faute de moyens) et de nourriture.

Les privations alimentaires augmentent par rapport à 2018 : 29% se privent de fruits et légumes frais tous les jours et 23% n’accèdent pas à suffisamment d’aliments sains pour faire trois repas par jours (+2 points par rapport à 2018). En bas de l’échelle des revenus, ces chiffres atteignent respectivement 61% (+8 points / 2018) et 57%.

Un Français sur quatre se restreint sur la quantité qu’il mange et 1 sur 7 saute des repas (14%). En bas de l’échelle des revenus, ces chiffres sont de 46% et de 38%. Ces privations posent des problèmes de santé publique et recoupent les observations des bénévoles.

De début-mars à mi-avril, le Secours populaire a assuré en urgence l’alimentation de 1,3 million de personnes, venues parfois après plusieurs jours de jeûne. Cette vague est d’une ampleur inédite (+45%) et a continué pendant l’été.

Au total, 57% des Français ont craint, à un moment de leur vie, de basculer dans la précarité (+3 points / 2019 et +12 points / 2007). Et 81% considèrent que ce risque est plus élevé encore pour leurs enfants que pour leur génération.

Cette inquiétude a sans doute été réactivée par la fermeture des écoles : 44 % des parents d’enfants scolarisés pensent que leurs enfants ont pris du retard à cette occasion, jugé « irrattrapable » dans 15 % des cas.

Ceci reflète les fortes différences de diplômes, d’habitat, d’équipement informatique, d’infrastructures numériques, voire d’abonnement à Internet ou de maîtrise de cet outil.

Une éclaircie, pour finir : plus des deux tiers des personnes interrogées se disent prêtes à s’impliquer auprès des personnes confrontées à la pauvreté, en particulier 78% des 16-24 ans. Un élan de solidarité qui s’est en partie matérialisé par l’arrivée de 5.000 bénévoles au Secours populaire dès le début du confinement.

(*) Enquête réalisée par Ipsos par téléphone les 4 et 5 septembre 2020 sur un échantillon représentatif de 1002 Français âgés de 16 ans et plus.