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Tous contents, tous gagnants !

Après seulement trois jours d’enchères, les quatre opérateurs de télécoms sont repartis avec un nombre de fréquences 5G correspondant peu ou prou à leurs parts de marché, et à un tarif très raisonnable. Alors que leurs collègues allemands et italiens ont dû débourser des sommes folles (6,55 milliards d’euros), les téléphonistes français, eux, ont réussi à limiter la facture à 2,78 milliards d’euros. Un bug ?

Non, une gracieuseté de l’Etat qui témoigne de drôles de relations avec la profession.

Réseau potable ?

Les fréquences étant aussi rares que précieuses, les enchères ont théoriquement pour but de remplir au maximum les caisses de Bercy. Pas au pays de Colbert ! Depuis la bérézina de l’attribution des fréquences 3G, en 2003, les pouvoirs publics ont changé de stratégie.

A l’époque, ils escomptaient obtenir 4,95 milliards pour chacune des quatre licences. Mais, dénonçant de « mortelles enchères », Martin Bouygues avait renoncé à se porter candidat et avait désorganisé le jeu.

Impressionné, le régulateur hexagonal a décidé d’encadrer les enchères. Vive la concurrence…

En échange d’une note pas trop salée pour les fréquences 4G, les opérateurs se sont à leur tour engagés à se surpasser afin de généraliser la couverture mobile dès 2020.

Une priorité : aujourd’hui, 51 % de la population française âgée de plus de 12 ans se connecte à Internet depuis un smartphone, contre 31 % depuis un ordinateur.

Entre 2016 et 2019, le trafic de données consommées sur les réseaux mobiles a été multiplié par sept !

Le hic, c’est que les quatre téléphonistes n’ont pas vraiment joué le jeu.

Un utilisateur sur six se plaint encore de difficultés pour passer des appels ou envoyer des SMS. Et un quart déplore une qualité insuffisante pour visionner un contenu audiovisuel.

Fin juin, l’Arcep, le gendarme des télécoms, a été obligée de tirer l’oreille des opérateurs afin qu’ils accélèrent l’installation de pylônes 4G (une opération, il est vrai, très coûteuse).

Juré, ces désagréments vont disparaître avec le déploiement de la 5G, dont le principal mérite, pour les particuliers, sera de désengorger le réseau 4G au bénéfice de ceux qui l’utiliseront encore.

Le cahier des charges de la 5G prévoit cette fois que les opérateurs offriront à leurs abonnés un débit quatre fois plus élevé que le débit obligatoire.

La bande des quatre tient si souvent ses promesses que tous les espoirs sont permis…


Article signé des initiales O. B.-K. Le Canard enchaîné. 07/10/2020