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Sa candidature est une bénédiction pour la droite conservatrice américaine et un véritable cauchemar pour la gauche libérale.

Amy Coney Barrett, une juge conservatrice de 48 ans, fervente catholique, mère de sept enfants et fortement opposée à l’avortement, a été nommée par Donald Trump pour siéger à la Cour suprême. Elle doit y remplacer l’icône féministe, la juge Ruth Bader Ginsburg, décédée le 18 septembre, à l’âge de 87 ans.

Alors que les sondages indiquaient qu’une majorité d’Américains souhaitait que cette nomination à la Cour suprême ait lieu après l’élection présidentielle de novembre, Trump s’est au contraire empressé de lancer la procédure de remplacement. Et tout le monde sait pourquoi.

Amy Coney Barrett promet non seulement de prendre la place de la célèbre « RBG », mais aussi d’effacer son bilan progressiste. Barrett confirmée, ce qui est le scénario le plus probable, sa nomination marquera un changement idéologique historique à la plus haute cour des États-Unis et donnera à l’aile conservatrice une solide majorité de six contre trois. Et quoi de mieux pour mobiliser les électeurs de la droite conservatrice derrière Trump à l’approche de l’élection du 3 novembre ?

Les libéraux progressistes craignent que, avec Barrett, la cour s’oriente vers la révocation du droit à l’avortement et la réduction de l’accès aux moyens contraceptifs. Trump n’a en effet pas hésité à déclarer sur Fox News que la modification de la loi sur l’avortement sera « possible » avec Barrett comme juge suprême.

La crainte s’accroît également quant aux risques de voir révoqué l’Affordable Care Act (ACA, « loi sur les soins abordables », plus connue sous le surnom d’Obamacare), la couverture d’assurance maladie de millions d’Américains, que le Parti républicain avait tenté de supprimer, mais qui avait été maintenue par la Cour suprême. « Il s’agit de votre système de santé, s’est alarmé Joe Biden, le candidat démocrate, en réaction à l’investiture de Mme Barrett. Il s’agit de savoir si l’ACA existera ou non. Il s’agit de savoir si les maladies préexistantes continueront à être couvertes ou non. […] Il s’agit de la santé des gens en pleine pandémie. »

La panique des démocrates est due au fanatisme religieux évident de la juge Amy Coney Barrett. Elle a affirmé que ses fortes convictions catholiques ne « porteraient pas atteinte à l’exercice de ses fonctions de juge », tout en déclarant que les carrières juridiques ne devaient pas être considérées comme des moyens d’obtenir satisfaction, prestige ou argent, mais « comme un moyen de servir Dieu ».

Surtout, Barrett appartient à une secte catholique, la très discrète People of Praise, qui aurait inspiré Margaret Atwood pour son roman dystopique The Handmaid’s Tale (La Servante écarlate).

Les femmes membres des People of Praise considèrent leur mari comme leur « tête » (comprendre : leur cerveau) est. La communauté, dirigée par un pseudo-leader masculin autoritaire « choisi par Dieu », revendique la complémentarité des sexes, considère l’avortement comme un meurtre, combat l’homosexualité, et tous ses membres doivent lui reverser 5 % de leurs revenus.

Fascinés par un tel fanatisme, les républicains se sont mobilisés derrière Barrett et auraient versé des millions pour la promotion de sa candidature, acclamant Trump pour ce « cadeau » inattendu.

Toute critique sur le choix de Barrett pour briguer la Cour suprême est balayée par les conservateurs, qui prétendent que les commentaires sur la foi de la juge sont inappropriés pour évaluer ses qualifications juridiques et sont la preuve d’une phobie du catholicisme et d’un sectarisme antichrétien. Rien que ça.

L’ennui, c’est que les représentants de la gauche américaine auront d’autant plus de mal à s’opposer à ce genre d’argument qu’ils ont eux-mêmes prôné (et continuent de le faire) ce type de tolérance religieuse aveugle…


Inna Sheachenko – Charlie hebdo. 07/10/2020