« Nous sommes tous contre », a dit, lundi 5, le ministre de l’Agriculture aux députés, en les encourageant à voter pour la dérogation les autorisant de nouveau.

Ce qu’ils ont fait dans la nuit de lundi à mardi (à l’exception de trois députés LR-EM, LI, Les groupes PS, PCF, et d’anciens Marcheurs (dont Cédric Villani), réunis derrière Delphine Batho au sein du groupe EDS).

Les trois prochaines années, les betteraviers auront donc le droit d’utiliser ces pesticides neurotoxiques tueurs d’abeilles, pourtant interdits depuis deux ans par la loi Pompili.

Laquelle soutient évidemment cette dérogation…

Il s’agit en effet de sauver la « filière betterave » : 21 usines sucrières ! 46 000 emplois ! 440 000 ha ! La France, premier producteur européen ! Un milliard à l’export !

Et tant pis si ces très puissants pesticides contaminent abondamment et pour longtemps les sols, les cours d’eau, la flore sauvage et tuent les abeilles en masse…

La dérogation ne pourra-t-elle bénéficier qu’aux betteraviers, dont les cultures viennent de subir des attaques massives de pucerons ?

Si le mot « betterave » n’est pas explicitement inscrit dans le texte de loi, c’est, dit-on officiellement, que cela pourrait être interprété comme une rupture d’égalité devant la loi. Le ministère de l’Agriculture promet qu’il figurera « explicitement »dans les arrêtés de dérogation qui suivront la loi.

La preuve que tout cela est très cadré, c’est que les producteurs de maïs, lequel subit les mêmes attaques des mêmes pucerons, ont beau avoir demandé à bénéficier de cette même dérogation, ils ont essuyé une fin de non-recevoir. Mais si, demain, eux et les producteurs de céréales à paille comme le blé, l’orge, le seigle subissaient de nouvelles attaques de méchants parasites ?

Que les abeilles ne s’inquiètent pas. Voilà quinze jours, Barbara Pompili a signé le fameux « appel des coquelicots », où il est écrit : « Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France. Assez de discours, des actes. » Bzzz, bzzz… 


Article signé des initiales J.-L. P. – Le Canard enchaîné. 07/10/2020