Éducation et « tenue républicaine »

… Ou comment enrégimenter la jeunesse !

Bertrand Gaufryau, Chef d’établissement

Il y a quelques années, je publiais un billet d’humeur, plus que d’humour sur le vouvoiement dont je concluais qu’il était une caricature du respect. Pour l’essentiel, je n’ôterai pas un mot à ce texte. Non que j’imagine qu’il soit la vérité vraie, mais il a permis un débat de fond sur ce qu’est l’école.

Aujourd’hui, la « tenue républicaine » exigée fait débat. Il est assez singulier de vous proposer de relire ce que j’écrivais alors en substance dans « Le vouvoiement à l’école, ou la caricature du respect en 2007 » : « Depuis quelques mois, les débats autour de l’école, du moins l’écume médiatique s’est concentrée sur le port de l’uniforme… Cela constituerait un certain retour à une école “idéale” et idéalisée – a-t-elle jamais existé ? – donnant des gages à une certaine frange pensante réactionnaire… »

Je poursuivais ainsi évoquant le port de l’uniforme comme solution simpliste pour lutter contre la violence sociale qui, d’ailleurs, s’exprime bien ailleurs, sans gommer ce qui relève de l’essentiel : les inégalités scolaires, territoriales, numériques qui sont apparues plus violentes que jamais lors du confinement.

Je concluais ainsi : « “Le bon sens populaire” proche du populisme, parfois, se heurte à la raison. ». Vous trouverez cette lecture un peu datée ? Peut-être. Cependant, le débat qui a agité les médias ainsi que la classe politique ces jours derniers n’est pas très différent. Les collégiennes, collégiens, lycéennes et lycéens se sont mobilisés ces dernières semaines afin de dénoncer les règlements sexistes de leurs établissements.

Je ne porte que la voix du chef d’établissement que je suis, une voix dans le désert peut-être, mais au nom de l’idée que je me fais de la fonction que j’occupe, je souhaite apporter ma contribution modeste à ce débat. Je ne sais ce qu’est une « tenue républicaine » comme l’a indiqué Jean-Michel Blanquer.

D’ailleurs les historiens se sont chargés, images à l’appui, de faire un pied de nez au ministre, avec une pointe d’ironie et d’humour. Parfois un sein pointant ici, une cuisse là…

Sondage à l’appui, dont le sérieux serait lié à la nature des questions – tranches d’âge, sexe, sympathies partisanes… –, les résultats donneraient raison à celles et ceux qui, comme Alain Finkielkraut, se sentiraient ainsi « déconcentrés » par les tenues des filles.

Souvenez-vous de l’époque des minijupes, maintenant des shorts, ou encore des crop-tops ! Je trouve indécent que soient repris les arguments de ceux ayant sur la culture du viol des propos infamants : « Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs et elle en a marre ! »

La question est plus subtile, plus complexe à traiter. C’est celle du contrôle sociétal qui pèse sur le corps des femmes.

Imagine-t-on un sondage sur la « tenue républicaine » relative aux garçons ?

L’école est un lieu et un temps exigeants : pour les élèves, pour les adultes, pour le travail d’émancipation qu’il revient aux adultes de mener au quotidien.

Le travail sur l’estime de soi est structurant. Et si, finalement, derrière ce dernier avatar d’un patriarcat à bout de souffle, il ne s’agissait pas de la tenue en soi, mais du regard que l’on porte dessus ? Les défis sont immenses.

Relevons-les sans état d’âme, avec la conviction d’agir dans le sens de l’histoire.

7 réflexions sur “Éducation et « tenue républicaine »

  1. fanfan la rêveuse 09/10/2020 / 07:48

    Bonjour Michel,
    Je ne trouve pas sexiste de demander aux jeunes de se vêtir convenablement. Pour ma part, même si cela fera rugir certains, je ne comprends qu’on accepte que sa fille aille à l’école en short ou en mini jupe. Chaque tenue à mon sens à son utilité, le short est fait pour l’EPS.
    Pour les garçons, je ne trouve pas non plus très convenable de voir leurs caleçons, un peu de respect de vous et des autres s’il-vous-plait.

    Faite comme vous le désirez chez vous, à l’extérieur jeunes gens !
    De là a en venir à une tenue pour tous, il y a une marge.

    Qu’en au tutoiement des professeurs, je ne suis pas non plus pour. Mais il est vrai que je suis vieille France 😉

    Bonne journée Michel 🙂

    • Libres jugements 09/10/2020 / 15:11

      J’entends ce que vous dîtes Françoise je le respecte.

      Si nous regardons le résultat il est catastrophique, si nous analysons les raisons elles sont catastrophiques.
      En réalité plein de gens devraient se poser plein de questions face à leur progéniture quant à leur comportement.
      Tous les parents, moi le premier, avons incité leurs enfants à bien travailler à l’école pour pouvoir réussir à mieux écraser son voisin dans de futur emplois puisque l’individualisme est la seule façon de vivre dans ce monde.
      Ainsi celle ou celui qui délibérément s’habille ou se comporte à l’encontre de la bienséance de la société, n’entend que faire entendre sa différence, se faire remarquer pour exister dans ce monde si difficile à leurs yeux et présenté comme tel par leurs parents. Eux qui souvent galèrent dans des emplois précaires, voir se retrouvent à Pôle Emploi parfaitement démuni face à la société.
      Conscient que cela est bien triste et que peut-être j’ai tort dans mon analyse… quoi que…
      Très amicalement
      Michel

      • fanfan la rêveuse 11/10/2020 / 12:24

        Voila bien l’erreur de beaucoup.
        Je me rappellerais toute ma vie l’arrivée de mon fils aîné au collègue.
        Ne se foulant pas, il a entendu pendant 3 ans, « tu veux devenir éboueur ! » Et à une de mes filles, « tu veux devenir caissière » !
        J’ai toujours réagis, répondant « et alors, il faut tout les corps de métier pour faire tourner une société. Les métiers manuels ne sont pas une honte. Le principal étant de travailler et de payer ses factures »

        Moralité : Ils ont tous fait des études, en choisissant leur chemin, à leur vitesse et parfois pas par le chemin traditionnel.

        Il n’y a pas de sots métiers mais de sottes gens !
        Pauvre société…

        • Libres jugements 11/10/2020 / 12:39

          Sur ce point Françoise, je suis parfaitement d’accord avec vous.
          J’essayais seulement de comprendre les raisons du comportement de certaines-certains de nos adolescent-e-s notamment en matière d’habillement, de façon de se promouvoir et comporter en société … malheureusement dans les adolescents tous ce ne sont pas logés à la même enseigne c’est-à-dire entourée d’une famille présente, aimante, guidant autant que faire se peut leur progéniture.
          Dans mon esprit je ne parlais pas de l’éducation nationale même si je ne suis pas d’accord avec certaines de ses positions et surtout le manque de débouchés-embauches possibles au sortir de la période estudiantine.
          Mais bien évidemment je peux me tromper et nos quatre enfants qui ont eux-mêmes au moins chacun deux progénitures sont là pour éventuellement rectifier ma façon de voir. Jusqu’à maintenant toutes celles et ceux qui sont entrés dans la vie active (5 sur 8) ont tous un travail dont ils peuvent être fiers à divers titres.
          Avec toute mon amitié
          Michel

  2. Pat 09/10/2020 / 09:57

    Lorsque j’étais en primaire, la plupart d’entre nous portions encore la blouse (non obligatoire) mais elle nous n’avions pas tous la même…Donc en quoi permettait-elle d’assurer une cohésion sociale ? Ma mère me disait que c’était par protection c’est tout ! Aujourd’hui, je suppose qu’on verrait fleurir de la même façon, des blouses identitaires parées de tous les ornements dont les modes ne manqueraient pas de s’emparer…et encore un objet à la charge des parents ! Ridicule ! Même si je suis pour une tenue modeste et décente, c’est une question de bon sens.

    • Libres jugements 09/10/2020 / 14:57

      Bonjour,
      C’est vrai qu’au lendemain de la guerre, notamment dans la commune de banlieue où j’habitais, la municipalité fournissait une blouse grise, un cartable en carton bouillie, une paire de galoches auxquels il fallait rajouter des bandes de caoutchoucs pour ne pas glisser Lorsque la pluie se pointait. de plus bien évidemment existait l’école des garçons d’un côté et l’école des filles de l’autre. Les garçons devaient porter des culottes courtes arrivant juste au-dessus des genoux, les filles une jupe également arrivant juste au-dessus des genoux. à cette époque bien peu d’enfants mangeaient à la cantine.
      il est vrai aussi que l’ambiance, les mœurs et les relations sociales étaient totalement différentes à cette époque. Seule la radio existait et ne diffusait que des informations intéressants les personnes adultes, le cinéma aux séances tardives n’engageaient pas les enfants à sortir le soir et lorsqu’il faisait c’était avec les parents uniquement, quant au film passé et visionner ils étaient le plus souvent des bluettes, ou quelque récit d’épopée voir exceptionnellement des westerns présentant un peu plus de pseudo violence.
      Quant à la drogue ou l’alcool, Elle ne se trouvait que dans des milieux adolescent et en général plus ou moins fortuné.
      Les guerres enfantines ou adolescentes entre les clans de quartier ou inter banlieues ne portaient que des bleus ou de blessures d’amour-propre
      Et puis bien que la garde 40 45 ce derrière nous à cette époque existait déjà ou encore la guerre d’Indochine et les prémices de la guerre d’Algérie.
      Entre les années 50 et 70, l’embauche le travail était facilité d’autre part le simple fait de faire son service militaire, les restes d’une éducation parentale datant d’avant-guerre, on fait que la société se comportait très largement différemment et était entre autres respectueuses des différences d’âge et de conditions sociales.

      Pour revenir au sujet de l’article, et ce que je vais dire n’engage que moi, nous les parents sommes responsables du laisser-aller non seulement de la jeunesse actuelle mais aussi de nos comportements en société.
      Bien évidemment il faudrait une étude beaucoup plus large plus ouverte pour détecter les raisons du comportement général.

      Avec mon amitié
      Michel

  3. jjbey 10/10/2020 / 00:07

    Liberté, Liberté chérie, j’écris ton nom. Se sentir soi-même au travers d’une tenue aussi fantaisiste soit-elle n’est jamais qu’une marque personnelle, une volonté de ne pas sombrer dans l’uniformité. Alors que cela nous plaise ou non, cela reste du droit de l’humain, quel que soit son âgé ou son sexe de montrer sa différence et de vivre libre.

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