Étiquettes

,

La farce de la suppression des vols courts

C’était l’une des propositions phares de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), et elle a été approuvée par Macron le 29 juin [2020].

Mais l’interdiction des liaisons aériennes (lorsqu’elles peuvent être remplacées par des trajets en TGV de moins de 2 h 30) réserve quelques surprises saumâtres.

  • D’abord, cette mesure écolo aura un effet minuscule sur les émissions de CO2 en France.
  • Ensuite, au cas où elle serait refusée par la Commission européenne, elle ouvrirait le ciel hexagonal à des compagnies étrangères, qui en sont aujourd’hui absentes.
  • En effet, pour obéir à Macron, Air France a cloué ses avions au sol, laissant le champ libre aux concurrents.
  • L’interdiction de ces vols, selon un audit non publié de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), sous la tutelle du ministère de la Transition écologique, est censée diminuer les émissions de CO2 de 180.000 tonnes par an.

Au régal des low cost

Sauf que, premier bémol, tous les vols ne sont pas concernés. Les 1,7 million de passagers « en correspondance » (partant, par exemple, de Marseille pour prendre un long-courrier à Lyon ou à Paris) conserveront leur vol.

Le but de ce compromis ? Eviter une baisse d’activité trop importante à Saint-Exupéry et à Charles-de-Gaulle ; Air France va ainsi conserver 53 % de ses vols visés par la CCC.

Conséquence : la mesure ne fera plus économiser qu’un peu moins de 90.000 tonnes de CO2. Et même moins, affirme la DGAC (et c’est le second bémol) : un tiers des passagers privés d’avion se rabattront sur la voiture — laquelle, selon l’Agence de la, transition écologique, dégage à peine moins de CO2 au passager-kilomètre que l’avion.

A l’arrivée, l’économie de CO2 sera donc inférieure à 60 000 tonnes par an, soit un gros dix millième des émissions annuelles françaises (450 millions de tonnes). Tout ça pour ça…

Reste — troisième bémol en vue — que rien n’est encore sûr : cette interdiction des court-courriers doit être autorisée par la Commission européenne. « Pour cela, a précisé au « Canard » le porte-parole du commissaire européen aux Transports, la demande française doit être justifiée par un enjeu écologique important. »

Pas sûr que la diminution d’un dix millième de nos émissions de CO2 soit considérée homme telle. Par ailleurs, « il ne faut pas que cette mesure entraîne des distorsions de concurrence entre modes de transport ». Or, dans ce cas, la SNCF se retrouvera en situation de monopole sur certains trajets.

Si la Commission oppose son veto, Air France continuera d’appliquer l’interdiction que lui a imposée Macron. En revanche, les compagnies low cost européennes, qui, à cause de la crise sanitaire, bénéficient de créneaux non utilisés, ne manqueront pas de s’engouffrer dans la brèche.

L’espagnol Vueling a déjà annoncé, le 22 septembre, son intention d’ouvrir des liaisons entre Orly, Marseille, Brest et Montpellier. En attendant EasyJet et Ryanair…

Merci qui ?


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 30/09/2020