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Depuis le 27 septembre [2020], le sud du Caucase est le théâtre d’une guerre ouverte entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui se disputent la région montagneuse du Haut-Karabakh. Quelles sont les racines de ce conflit qui fait rage aux portes de l’Europe ?

Depuis le 27 septembre [2020], le sud du Caucase est le théâtre d’une guerre ouverte entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui se disputent la région montagneuse du Haut-Karabakh. Quelles sont les racines de ce conflit qui fait rage aux portes de l’Europe ? Notre décryptage en cartes animées.

Pas plus grande qu’un département français, la région du Haut-Karabakh est pourtant au cœur d’un conflit ouvert impliquant plusieurs nations : depuis le 27 septembre, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent ce territoire, dans des affrontements qui ont déjà coûté la vie à au moins 220 personnes. Peuplée majoritairement d’Arméniens, cette région a pourtant été octroyée à l’Azerbaïdjan en 1921 par Joseph Staline, qui occupait alors les fonctions de « commissaire aux nationalités de la Russie soviétique ». Depuis qu’elle a déclaré son indépendance en 1991, elle est demeurée l’objet des convoitises de Bakou et d’Erevan.

En coulisses, la Turquie soutient l’Azerbaïdjan, son allié de toujours, tandis que l’Arménie est soutenue par la Russie. Ce que craignent l’Union européenne et les Nations unies, c’est que cette escalade des tensions n’aboutisse à un conflit régional. […]


Service info du Courrier international. Titre original : « Tout comprendre au conflit qui fait rage entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ». Source (Extrait)


Selon « Le Figaro Int. »

Diverses sources à Bakou et dans la région estiment que les Russes ont encouragé Aliev à passer à l’offensive

Le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, doit certes satisfaire l’humeur nationaliste de son peuple, qu’il contribue à entretenir depuis des années par ailleurs. « Mais cela va au-delà », confie un diplomate très au fait du dossier. « Aliev est aussi extrêmement frustré par le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, après avoir cru qu’il ferait progresser le dialogue. Il lui reproche aujourd’hui de faire du populisme en se servant du Karabakh, de se rendre trop souvent dans cette province et de l’avoir aidée à renforcer ses infrastructures de défense ».

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a promis de « soutenir nos frères azerbaïdjanais », ce à quoi le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a répondu par une mise en garde contre l’ingérence « agressive » de la Turquie. Sur le front diplomatique, l’acteur clé dans ce conflit qu’est la Russie a appelé à un « cessez-le-feu immédiat », elle qui mène actuellement de grandes manœuvres militaires dans le Caucase du Nord. Cependant, diverses sources à Bakou et dans la région estiment que les Russes ont encouragé Aliev à passer à l’offensive du fait que Pachinian « les énerve beaucoup ». Ils lui reprochent à la fois le succès de la « révolution de velours » du printemps 2018, et d’avoir pris des décisions « hostiles » à la Russie, comme l’emprisonnement de l’ancien président pro-russe Robert Kotcharian. « Le problème vient aussi du manque de médiation internationale proactive, laquelle aurait dû être engagée après les clashs de juillet dernier », estime Olesya Vartanian, analyste Caucase du Sud de l’International Crisis Group.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, tout comme Washington, a appelé dimanche « à cesser immédiatement les combats ». Emmanuel Macron a fait part de sa « vive préoccupation » et a dit « sa disponibilité à contribuer à un règlement pacifique et durable de la question du Haut-Karabakh ».


Régis Genté. Le Figaro. Titre original : «L’Azerbaïdjan et l’Arménie au bord de la guerre ». Source (Extrait)


Selon « Le Monde »

Après six jours d’hostilités ouvertes, les combats pour le contrôle du Haut-Karabakh n’ont pas baissé d’intensité. Dans la matinée, vendredi 2 octobre, Stepanakert, la principale ville de cette enclave montagneuse revendiquée par l’Azerbaïdjan, mais peuplée en majorité d’Arméniens, a été la cible de bombardements par les forces azerbaïdjanaises, faisant « de nombreux blessés parmi la population civile » et des dégâts matériels, selon le ministère de la défense arménien.

Au lendemain de la déclaration commune du Groupe de Minsk (France, Etats-Unis, Russie) appelant à un cessez-le-feu, l’Arménie a entrouvert la porte à une médiation en se disant prête à s’engager dans cette voie sous leur parrainage. L’Azerbaïdjan a indiqué pour sa part n’envisager qu’une seule issue : le retrait de son adversaire. « Si l’Arménie veut voir la fin de cette escalade de la situation, (…) l’Arménie doit mettre fin à l’occupation », a déclaré Hikmet Hajiyev, conseiller de la présidence azerbaïdjanaise.

Moscou se positionnait en arbitre

Le conflit entre ces deux ex-Républiques soviétiques autour de ce territoire autoproclamé indépendant place le Kremlin dans une situation délicate. Malgré la résurgence régulière d’affrontements entre les deux Etats voisins qui se vouent une haine tenace, Moscou était jusqu’ici parvenu à contenir la situation. La stagnation du conflit depuis vingt-six ans lui permettait de se positionner en tant qu’arbitre, en vendant des armes aux deux camps pour maintenir un équilibre des forces, mais aussi pour le plus grand bien des affaires du complexe militaro-industriel russe. Ce qui incitait Bakou à reprocher de temps à autre à la Russie de livrer des armes plus perfectionnées à Erevan, sans compromettre néanmoins leurs relations.


Isabelle Mandraud et Nicolas Ruisseau. Le monde. Titre original : « Haut-Karabakh : le dilemme de Vladimir Poutine dans le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ». Source (Extrait)


Selon « L’Humanité »

Bakou et Erevan restent sourds aux appels à un cessez-le-feu

Après une semaine de conflit, le président azerbaïdjanais et le premier ministre arménien restent sourds aux appels internationaux à une trêve. Erevan et Bakou ont encore exclu des négociations et préféré communiquer sur les centaines de pertes humaines infligées à l’autre camp. Le président Ilham Aliyev a affirmé qu’un retrait « inconditionnel » et « sans délai » des forces armées de l’Arménie était le seul moyen « pour l’actuelle génération d’Arméniens d’éviter une perte massive de vies humaines ». Le premier ministre arménien, Nikol

Malgré tout, les présidents russe, Vladimir Poutine, français, Emmanuel Macron, et américain, Donald Trump, qui coprésident le groupe de Minsk, ont appelé de nouveau ce jeudi dans un communiqué commun à « la cessation immédiate des hostilités » et « les dirigeants de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan à s’engager sans délai à reprendre les négociations de fond » sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Quelques heures plus tôt, Moscou a également proposé d’accueillir « une rencontre des chefs des diplomaties de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et de la Russie ». La réponse de la Turquie depuis le début de la crise n’a pas évolué. Son président, Recep Tayyip Erdogan, a réaffirmé : « Un cessez-le-feu pérenne dans cette région est tributaire d’un retrait arménien de tout le territoire azerbaïdjanais. »

À la différence des précédents affrontements, même en 2016, la participation directe de la Turquie a fait basculer le conflit dans un niveau inédit. Elle traduit la volonté d’expansion régionale d’Ankara dans le Caucase. Tout ce qui s’y passe « fait l’objet d’une attention particulière à Moscou. La Russie ne laissera pas la Turquie prendre trop d’initiatives concrètes dans cette région considérée comme faisant partie de ses intérêts vitaux », rappelle Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris.

Les cicatrices du passé resurgissent

Seulement, aussi bien en Azerbaïdjan qu’en Arménie, ce conflit est devenu désormais une question d’honneur, d’identité nationale et de légitimation du pouvoir. Des deux côtés, les discours nationalistes ont pris le dessus sur toute volonté de négocier. Si l’un ou l’autre accepte de négocier, il sera considéré comme un faible par son opinion publique. « On pensait avoir tourné la page d’une génération marquée par le conflit. Celui-ci nous y replonge. Les cicatrices de la guerre de 1988 à 1994, qui a fait plus de 35 000 morts et un million de réfugiés, resurgissent. Et plus les jours passent, plus il sera difficile de relancer le dialogue », nous explique un diplomate qui suit les pourparlers.

Du côté turc, Erdogan semble vouloir faire de son soutien à l’Azerbaïdjan turcophone un nouvel élément de la mobilisation patriotique dans son propre pays. « Le projet d’un grand espace panturc a toujours séduit les élites nationalistes turques, et le territoire azéri en est un élément clef. Les déclarations récentes de Recep Tayyip Erdogan proposant l’aide militaire active d’Ankara à Bakou sont d’autant plus inquiétantes qu’une intervention turque susciterait certainement une réponse russe. L’Arménie fait partie, avec la Russie, de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, signé en 2002), qui indique que l’organisation défendrait un de ses membres en cas d’intervention militaire étrangère », rappelle Jean Radvanyi, spécialiste du Caucase.


Vadim Kamenka. L’Humanité. Titre original : « Au Karabakh, les nationalismes ne lâchent pas les armes ». Source (Extrait)