Étiquettes

Vendredi [25 sept 2020] matin, la cour entendait par visioconférence un agent de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui avait suivi le dossier des Kouachi au début des années 2010. Il expliquait à quel point il était difficile de savoir ce que des individus pouvaient avoir dans la tête s’ils ne commettaient pas d’actes, s’ils ne disaient rien en public ou au téléphone.

À l’instant même où la salle l’écoutait, un individu attaquait à l’arme blanche des personnes à proximité des anciens locaux de Charlie, rue Nicolas-Appert. Deux victimes qui, comble de tout, sont aussi des salariés de la société de production Premières Lignes, dont les bureaux étaient sur le même palier que ceux de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

Le drame est d’autant plus tragique que certains collaborateurs de Premières Lignes étaient entrés dans la rédaction de Charlie pour tenter d’aider ceux qui pouvaient encore l’être. Nous ne pouvons que nous associer à leur peine et leur adresser, ainsi qu’à leurs proches, notre plus vif soutien.

La veille, la cour avait diffusé le film de revendication des attentats de janvier 2015. On y voyait pendant plus d’un quart d’heure un énergumène barbichu pointant l’index vers le ciel pour désigner le Créateur, tout en déblatérant une logorrhée aussi pénible à comprendre qu’à écouter, glorifiant les auteurs de l’attentat contre Charlie et leur souhaitant bien du bonheur avec les vierges qu’ils venaient de mériter, comme on gagne des nounours en peluche à la foire du Trône quand on a touché avec sa carabine toutes les pipes en terre sur le stand de tir.

Incrustées derrière ce dignitaire islamiste gai comme un bidet plein de poils, des images de la manif du 11 janvier montraient en gros plan les chefs d’État dans le cortège.

Parmi eux, un seul n’était pas reconnaissable, car il était flouté. Il s’agissait d’Angela Merkel, qui, ayant eu le malheur d’être venue au monde sous la forme d’une femme, ne méritait pas, selon les auteurs de ce petit film, qu’on pose notre regard libidineux sur elle.

Cet exposé aussi révoltant qu’affligeant de débilité crasse, de nullité intellectuelle abyssale, nous délesta des derniers doutes, s’il en restait, quant à la position à adopter vis-à-vis du terrorisme islamiste. Comme le disait l’agent de la DGSI qui faisait l’état des lieux du djihadisme, il s’agit d’ « un projet totalitaire et génocidaire ».

  • La nouvelle d’un attentat commis à deux pas des anciens locaux de Charlie Hebdo nous remplit de révolte, mais aussi de détermination.

Le temps où on reprochait à Charlie d’avoir publié les caricatures est passé. Il semble que la société française ait enfin compris que cette histoire de caricatures n’était que la partie émergée d’un iceberg dont l’objectif est d’envoyer par le fond la totalité de notre démocratie.

  • Tout ce qui, de près ou de loin, incarne la liberté doit disparaître, et si les intimidations ne suffisent pas, le recours à la violence sera employé.

L’appel de plus d’une centaine de médias pour réaffirmer leur attachement à la liberté d’expression, que Charlie a publié en couverture la semaine dernière, fera date. Il faut cesser de croire qu’en respectant deux ou trois interdits exigés par les islamistes ils nous en seront reconnaissants, et qu’en échange ils nous concéderont le droit de jouir de quelques maigres libertés.

  • En raisonnant ainsi, nous nous comportons comme des otages qui, pour sauver leur peau, obéissent à toutes les exigences de leurs geôliers. Si tout un peuple adopte cette position, cela signifie que c’est tout le pays qui sera pris en otage.

Comme le décrit Yannick Haenel dans son compte rendu du procès sur le site de Charlie, la taqiyya est une tactique qui impose de devenir transparent pour ne pas être repéré.

Cette contorsion qu’on attend de nous, de s’interdire de publier les dessins qui nous plaisent et d’exprimer nos convictions, n’est rien d’autre qu’une injonction à nous effacer.

L’effacement pour sauver sa vie.

  • Mais est-on encore vivant après avoir renoncé à affirmer ce que l’on est?
  • Pour les fanatiques religieux qui veulent nous contraindre à cette stratégie, Dieu est à l’origine de tout, et lui seul donne consistance aux êtres humains. On atteint là le stade ultime du totalitarisme : l’humain n’est rien s’il n’est pas nourri et guidé par un Dieu-Führer.
  • Qui, en France, en 2020, serait assez couard pour suivre une telle voie?
  • Assez insignifiant pour vouloir entraîner tous les autres dans sa propre insignifiance?

C’est le sens même de notre existence qui est remis en cause par chaque attentat, en ne nous donnant qu’une seule alternative : la lâcheté ou le courage.


Éditorial de RISS – Charlie hebdo. 30 septembre 2020