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L’annonce de l’allongement du congé paternité, faite par Emmanuel Macron fin septembre, a été beaucoup commentée. La volonté de donner davantage de temps au père ou second parent après la naissance d’un enfant (vingt-huit jours, dont sept à prendre obligatoirement) fait suite au rapport rendu par la commission des 1.000 premiers jours, présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

Adrien Taquet, le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, est venu discuter avec trois mamans, trois papas, une femme enceinte et deux nourrissons, réunis autour d’une table aux Pâtes au beurre, rue de Paradis, dans le 10e arrondissement de Paris. Un lieu de parole créé par la psychanalyste et spécialiste de la petite enfance Sophie Marinopoulos (qui a fait partie de la commission), où les parents peuvent venir parler de leurs difficultés, gratuitement, et trouver conseils et réconfort.

« On a voulu cette commission parce que les mille premiers jours sont une période très importante dans le développement de l’enfant, et aussi pour rappeler que ce n’est pas toujours simple d’être parent. Beaucoup m’ont exprimé leur sentiment de solitude. Protéger les enfants, cela passe, parfois, par mieux accompagner les parents », débute Adrien Taquet.

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Frein culturel

Depuis une semaine, les critiques ont surtout concerné les sept jours obligatoires, que beaucoup jugent bien trop peu engageants. Adrien Taquet s’en défend : « Cela reste une grande avancée. Au-delà de faire en sorte que les pères prennent ce congé, l’idée est aussi d’initier un changement culturel dans les entreprises. L’horizon est que, dans un monde idéal, dans le monde de demain, il n’y aura pas besoin d’instaurer le caractère obligatoire parce que tout le monde, la société tout entière, valorisera le fait que les pères se doivent de prendre le congé paternité. Cette mesure est censée aussi y concourir. On passe de zéro à sept jours obligatoires, mais cela n’empêche pas les entreprises, dans le cadre d’accords collectifs, d’en faire davantage. »

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Adrien Taquet dit avoir été surpris de voir que le sujet de la paternité était très peu investi dans les entreprises et chez les partenaires sociaux. « Il faut qu’on change ce frein culturel. On ne s’arrête pas d’être parent une fois la porte de l’entreprise franchie. Un parent heureux est un salarié heureux, et un salarié heureux est un salarié productif. »

Confusion des discours

Une autre préoccupation pour les parents présents est le congé parental, dont ils demandent une amélioration. « Pourquoi ne pas s’inspirer des pays scandinaves, avec un nombre de jours à se répartir entre la mère et le père ? » demande Édouard. Adrien Taquet admet que le congé parental est aujourd’hui mal payé, mal conçu et donc trop peu pris par les familles, mais que le refondre implique également de revoir les modes d’accueil des enfants dans des structures spécialisées. « Il y a une vraie demande sur le congé parental, mais il y a aussi des vraies implications. Il faut être bien au clair, avoir tiré toutes les conséquences et les effets de bord que ça peut avoir avant de prendre des décisions. On donne l’exemple de la Suède, avec son congé parental élargi, où, en gros, on est auprès de l’enfant la première année de la vie. Mais cela veut dire que l’enfant ne va pas à la crèche. Or, en France, il y a des endroits, comme la Guyane par exemple, où si l’enfant n’est pas pris en charge très tôt à la crèche, il arrive à l’école sans parler un mot de français, ou il n’a pas le ventre plein toute la journée. L’augmentation des places en crèche s’inscrit dans la stratégie du gouvernement de prévention et de lutte contre la pauvreté. On a là deux objectifs qui se percutent. »

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Un investissement ambitieux

Un des points d’alerte du rapport de la commission des 1 000 premiers jours concerne la dépression post-partum, qui concernerait bien plus de femmes que ce que disent les chiffres. « Il s’agit d’un sujet tabou. Nous devons renforcer l’accompagnement post-partum, notamment afin de couvrir les pics de dépression qui se situent à la cinquième semaine après l’accouchement, puis autour du troisième mois. Nous allons mettre en place un entretien dédié et remboursé qui aura lieu à ces moments précis », explique Adrien Taquet, envisageant des visites à domicile ou en PMI (Centre de protection maternelle et infantile).


[…] Julia Vergely. Télérama. Titre original : « Petite enfance : « protéger les enfants, ça passe par mieux accompagner les parents » ». Source (Extrait)