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Ils ont encore quelques semaines pour profiter de l’aubaine : jusqu’au 31 décembre, tous les agriculteurs amis du progrès peuvent réclamer au ministère de l’Agriculture une subvention mahousse.

Il suffit qu’ils décident de s’acheter un pulvérisateur high-tech leur permettant d’arroser savamment de pesticides divers et variés leurs champs, leurs vignes ou leurs arbustes.

La subvention couvrira 40 % du coût et pourra aller jusqu’à 40.000 €, ce qui n’est pas rien.

Pourquoi pareille générosité ?

On se souvient de la polémique de l’année dernière sur la zone tampon d’épandage à proximité des habitations. Le maire de Langouët l’avait fixée à 100 mètres. Le gouvernement l’a décrété: ce sera 5 mètres pour la majorité des cultures et 10 mètres pour la viticulture et l’arboriculture.

Désormais, il faut pulvériser avec doigté et précision. Donc recourir à ces engins dernier cri qui réduisent la dispersion de poisons chimiques et, en conséquence, la quantité utilisée. Vachement écolo, non ?

Prenons un champ de betteraves. L’agriculteur fixe devant son tracteur une rampe horizontale sur laquelle se trouvent des dizaines de buses en céramique ou en plastique qui crachent les pesticides. Pour bénéficier de l’aide ministérielle, il a le choix parmi 220 références de buses « anti-dérive ». Ne laissant passer que de grosses gouttes (150 microns au lieu de 10), elles réduisent des deux tiers (promis) l’effet de dispersion.

Pour contrôler le débit, le mieux est d’acheter un GPS de « maintien de la qualité de la pulvérisation » (en quoi le GPS permet-il de mieux contrôler le débit ?). Entre 10.000 et 15.000 € le système Spraytronic de Berthoud (Exel Industries) : une paille.

Le leader français du pulvérisateur fabrique aussi des rampes qui créent un rideau d’air, permettant de réduire l’effet du vent. De 30.000 à 35.000 € la rampe, hors buses…

Côté viticulture, pas le choix : il faut carrément tout changer. Et acheter un robot pulvérisateur dont les rampes, positionnées de chaque côté de la rangée de ceps, sont équipées de deux panneaux sur lesquels ruissellent les pesticides, récupérés par un bac et réutilisés.

On trouve cette belle machine chez Exel Industries ou chez l’italien Caffini pour 35.000 €.

Même punition pour les arboriculteurs, pour lesquels le prix de l’engin (une grosse cuve à roulettes tirée par un tracteur sur laquelle sont fixées des rampes de pulvérisation) triple avec des panneaux récupérateurs.

Bref, entre le « pulvé » et les accessoires (pompe, moniteur), voire un nouveau tracteur, l’addition peut vite s’envoler jusqu’à 200.000 €.

Dans un premier temps, 30 millions sont consacrés à l’opération, mais Julien Denormandie affirme qu’en tout le plan de relance « flèche 135 millions d’€ » pour tout ce qui concerne l’irrigation et les pulvérisateurs (« Le Figaro », 11/9).

Plus c’est vert, plus c’est cher ?

Une logique que pourfend le vigneron Mathieu Dauvergne, de la Confédération paysanne : « C’est une arnaque ! Ce genre de prime favorise l’agro-industrie et les pesticides, au détriment des petits viticulteurs, qui ne peuvent se payer un tel matériel. » Et d’ajouter que, dans l’Aude et l’Hérault, les viticulteurs déjà équipés ont obtenu, le 23 mai, l’autorisation d’épandre en hélico les jours de pluie (pratique pourtant interdite depuis 2015).

« Et, là, les zones tampons, on s’en fout. »


Professeur Canardeau – Le Canard Enchainé – 23/09/2020


Ajout

Un de nos amis abonnés nous a signalé : « Agent Orange , la dernière bataille » est passé sur Arte le 29 septembre 2020 , documentaire d’ Alan Adelson et Kate Taverna … Peut-être trouverez-vous ce documentaire via « Replay » !