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Sur TF1, François Lenglet désigne les responsables de la fermeture de l’usine Bridgestone : les cyclistes qui ne roulent pas en SUV.

Sur BFMTV, Nicolas Doze omet un petit souci des centrales nucléaires et Pierre Kupferman oublie par qui est financée l’Assurance maladie.

Bienvenue dans le monde des économistes de plateaux.

« Les salariés de l’usine Bridgestone n’ont pas sauvé leur emploi mais ils ont obtenu des négociations, qui vont s’ouvrir pour étudier toute alternative à la fermeture de l’usine de Béthune, annonce Anne-Claire Coudray dimanche soir sur TF1. On a entendu beaucoup de bonnes intentions au sein du gouvernement mais la France n’a rien fait pour éviter de telles situations. » François Lenglet est en plateau, il va sans nul doute parler des millions d’euros de CICE versés Bridgestone sans aucune contrepartie sur le maintien de l’activité industrielle.

« C’est vrai que Bridgestone a laissé dépérir cette usine sans investir pour la moderniser, convient François Lenglet. Mais c’est un peu facile pour les pouvoirs publics aujourd’hui de s’émouvoir. » Ils n’avaient pas à lâcher des subventions sans condition…

Raté : « D’abord parce que la France et l’Europe ont laissé entrer pendant des années des pneus chinois à prix cassés. Une concurrence déloyale qui a coûté des milliers d’emplois. Depuis 2009, Michelin a par exemple fermé onze usines en Europe. Où étaient ceux qui crient maintenant au scandale ? » Ils criaient au scandale contre la fermeture de Continental à Clairoix, de Goodyear à Amiens, de Michelin à La Roche-sur-Yon…

« Certes, poursuit François Lenglet, Bridgestone aurait pu, aurait dû fabriquer des pneus plus larges et plus chers, moins exposés à cette concurrence. » Des pneus de SUV.

« À ceci près que la France dissuade les achats de gros véhicules avec un malus écologique de plus en plus lourd. » Résultat, la part des SUV dans les achats de véhicules neufs a seulement quadruplé en dix ans. « L’État voudrait qu’on fabrique des pneus… et empêche qu’on les vende ! » Il devrait instaurer un bonus écologique pour les véhicules les plus lourds et les plus polluants. « Il est partant pour sauver les usines… mais seulement après les avoir lui-même asphyxiées ! » Avec sa législation de Khmer vert.

« Sans oublier les restrictions à la circulation automobile dans les villes qui se sont accrues depuis le confinement : pistes cyclables en surnombre (sic), fermetures de voies, embouteillages permanents… » Et voilà, la fermeture de Bridgestone, c’est la faute des cyclistes. Ils pourraient au moins faire l’effort d’équiper leurs vélos de pneus de SUV. « Une politique environnementale qui a ses raisons… » Irrationnelles. « … Mais qui a aussi ses coûts. Moins de voitures, c’est moins d’usines et moins d’emplois. » Plus de voitures, c’est un avenir radieux. « Un chômeur qui roule à vélo, c’est d’abord un chômeur. » Alors qu’un chômeur qui roule en SUV, c’est d’abord un citoyen soucieux de la santé des industries polluantes.

« Surprise, annonce la présentatrice de BFMTV le lendemain matin. On apprend la semaine dernière que la France a dû rallumer ses centrales à charbon. Pourquoi ? » « Il fallait répondre à la demande, explique Nicolas Doze. Le parc nucléaire et les énergies renouvelables ne suffisaient pas. » « C’est pas très bon pour l’écologie, ça ?! », s’inquiète le présentateur. Le chroniqueur éco détaille : « On a deux conjonctions d’événements, nous explique le Réseau de transport d’électricité. Le Covid a ralenti la maintenance des centrales. On a vingt-quatre centrales sur cinquante-six qui sont à l’arrêt aujourd’hui. »

Plus exactement vingt-quatre réacteurs sur cinquante-six. « Et puis y a pas assez de vent, du coup l’éolien ne permet pas de répondre à la demande. » Maudites énergies renouvelables intermittentes.

Curieusement, Nicolas Doze oublie de préciser que certains réacteurs, comme ceux de Chooz ou de Saint-Alban, sont arrêtés ou au ralenti non en raison d’opérations de maintenance mais à cause du trop faible débit et de la température trop élevée de la Meuse et du Rhône. Preuve que le nucléaire ne fait pas bon ménage avec le réchauffement climatique.

« On parle des dépenses de santé, annonce la présentatrice quelques jours plus tôt. Les chiffres complets pour 2019 ont été dévoilés ce matin et ce qu’on retient, c’est que la partie payée par les patients est de plus en plus réduite. » Les malades sont des veinards. « Les dépenses de santé s’approchent des 210 milliards d’euros, rappelle tout d’abord Pierre Kupferman. Ça veut dire qu’en moyenne par habitant la facture s’élève à 3104 euros par an. » C’est énorme.

« Et pour une famille classique avec deux enfants (on va garder cette idée de moyenne), ça représente 1000 euros mais par mois. » « C’est ahurissant », juge le présentateur.

Ce qui est ahurissant, c’est de « garder l’idée de moyenne » pour l’appliquer à « une famille classique avec deux enfants » : sauf maladie grave, il y a peu de risques que des enfants et leurs parents (donc encore jeunes) dépensent autant par tête qu’un couple d’octogénaires diabétiques ou cardiaques, atteints d’Alzheimer ou de Parkinson.

« Et sur cette facture qui est énorme, il reste combien à la charge des familles ? » « 214 euros en moyenne par an. Le plus gros de la facture est payé par l’Assurance maladie et les mutuelles. 214 euros qui reste à la charge de celui qui a bénéficié des soins, c’est vraiment très peu. » Trop peu.

« On est à un niveau historiquement bas. La principale explication, c’est que la population vieillit, de plus en plus de Français ont des maladies chroniques donc des pathologies pour lesquelles les soins sont remboursés à 100 %. » Tiens, la famille classique de deux enfants a disparu.

« On a la chance d’avoir en France un système très solidaire où le patient paie peu de sa poche, note la présentatrice. Comment ça se passe ailleurs ? »

« En France, le reste à charge, c’est 9 % du coût réel. Dans aucun autre pays de l’OCDE vous n’avez un niveau aussi bas. C’est 24 % en Italie, 28 % en Suisse, 30 % au Portugal. On est vraiment verni en France et j’ai l’impression que tous les Français n’en prennent pas conscience. »

Résultat, ils surconsomment des soins dont ils n’ont pas besoin, tout heureux de bénéficier de chimiothérapies à l’œil. « Peut-être que ce serait une bonne idée que l’on puisse envoyer à chaque ménage la facture annuelle des coûts réels et ce qu’ils ont payé. »

Peut-être que ce serait une bonne idée de rappeler aux chroniqueurs de BFMTV que le financement de l’Assurance maladie est assuré par les cotisations des Français. Ils paient donc « de leur proche », contrairement à ce que prétend la présentatrice.


Samuel Gontier – Télérama – Source