Des centaines de milliers de tonnes de déchets bourrés d’arsenic, de plomb ou de cadmium déversées dans l’eau et la terre, jusqu’en 1971, par l’exploitation des mines de Saint-Félix-de-Pallières, dans le Gard, mettent-elles les populations locales en danger ?

Pour plus de 800 riverains, cette question restera sans réponse.

Le 27 juillet, la procureure de Marseille a classé sans suite les plaintes déposées par des habitants et deux associations. Elle s’appuie notamment sur une synthèse des gendarmes (que « Le Canard » a consultée) et sur un avis de l’agence régionale de santé d’Occitanie : impossible d’établir un lien incontestable « entre l’ensemble des résultats (tests sanitaires) obtenus et l’activité minière ou naturelle du site ». Me Bertella-Geffroy, avocate des plaignants, bondit : « A croire que ces métaux toxiques sont arrivés dans les sols et les eaux par l’opération du Saint-Esprit… »

Au vu de la longue série de démissions de l’Etat relevées dans la décision de la procureure, toutefois, cet enterrement judiciaire (au cœur de l’été) n’est pas si étonnant. Les données sanitaires disponibles sont dérisoires.

Les riverains ayant été informés de manière très parcimonieuse, seuls 34 ont accepté de passer des tests sanguins et urinaires, et cinq d’entre eux (soit 15 %) présentaient des « pathologies reconnues graves », comme le cancer.

Ce taux de 15 % est-il normal ? « Nos recherches auprès de l’observatoire régional de la santé se sont avérées vaines. Plus aucune statistique n’est disponible, faute de financement », expliquent les gendarmes enquêteurs.

Pas de thermomètre, pas de fièvre…

Parapluie grand ouvert

Les maires des trois communes concernées n’ont pas accablé leurs administrés d’informations, Depuis le 1er janvier 2000, 357 permis de construire ont été signés, sans qu’« aucun de ces documents ne mentionne le passé minier des sites, ni même la possibilité d’une exposition à une pollution » potentiellement dangereuse !

En juillet 2018, pourtant, Santé Publique France avait procédé à une « étude d’imprégnation », et l’un de ses responsables avait déclaré aux pandores : « Les résultats mettent en évidence une surexposition non négligeable de la population concernée. » Avant d’ouvrir le parapluie

« Les chiffres ne [peuvent] être représentatifs d’un risque sanitaire (…) et ne [signifient] pas non plus que ces personnes ne [développeront] pas de pathologies. » Quel tranchant !

Deux expertises antérieures, au minimum, concluaient de façon nettement moins floue : en 2012, le ministère de l’Environnement évoquait « un impact sanitaire et environnemental très marqué impliquant (…) la nécessité d’une action rapide ».

En 2016, un expert mandaté par la justice avait jugé que, pour « toute exposition même occasionnelle à des poussières ou à des eaux du site (…), le danger à considérer [était] fort, voire extrême ».

Encore des adeptes de l’écologie punitive !


Jérôme Canard. Le Canard Enchaîné. 16/09/2020