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Darmanin, deux obsessions : l’une faire parler de lui dans les médias, comme redresseur de torts (mal placé puisque toujours inquiété par la justice), l’autre faire croire à tous les Français qu’ils sont en insécurité.

En réalité une seule façon pour ce gouvernement d’essayer de se départir avant toutes les prochaines élections du RN et faire rentrer dans le rang macroniste une grande partie de la droite LR. MC


Frapper les caïds de la triche au portefeuille : tel est l’objectif du futur Office AntiFraude Fiscale (Oaff), placé sous la coupe de la police judiciaire et composé, à parité, de 50 flics et agents des Impôts.

L’acte de naissance de ce commando n’attend plus qu’un arrêté signé du ministre de l’Intérieur.

Problème : lorsqu’il était à Bercy, Darmanin avait déjà créé le Service d’Enquêtes Judiciaires des Finances (SEJF), chargé (avec l’aide d’une sacrée armada : près de 300 fonctionnaires des douanes et des finances) exactement du même boulot. Un joli doublon !

En installant, en juillet 2019, ce nouveau SEJF, celui qui était alors ministre de l’Action et des Comptes publics était ravi de faire la nique à son collègue de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui possédait une « task force » équivalente !

Cette canaillerie n’avait pas échappé au Conseil d’Etat. Dans un avis du 22 mars 2018, la haute juridiction s’était énervée (préventivement) contre ce futur SEJF, doté « de compétences identiques à celles existant au service rattaché au ministère de l’Intérieur ». Et s’était demandé « pourquoi [n’avait pas été] retenue l’option consistant à renforcer le service existant ».

Un avis sur lequel Darmanin s’est assis par deux fois.

L’empoignade entre Bercy et Beauvau dure depuis une dizaine d’années. En 2010, Sarkozy, passé par les deux ministères, avait voulu faire plaisir à tout le monde.

Comme réclamé par le ministère depuis des lustres, certains agents du fisc avaient obtenu la qualité d’officier fiscal judiciaire (OFJ), avec des pouvoirs d’enquête calqués, dans leur domaine, sur ceux des officiers de police judiciaire (OPJ).

Sauf que, histoire de limiter la rivalité, ces OFJ avaient été parqués à l’Intérieur, au milieu des flics, au sein d’une Brigade Nationale de Répression de la Délinquance Fiscale (BNRDF).

Magot dans les tulipes

Au tableau de chasse de cette dernière, de jolies prises, tel France Offshore, un vaste système d’évasion fiscale et de blanchiment, aboutissant à la condamnation, en juillet 2017, d’une banque lettone… avec 80 millions d’euros d’amende à la clé.

Plus récemment, en septembre 2019, l’« opération Tulipe » s’était conclue par le versement de 1 milliard d’euros de Google au Trésor public en échange de la fin des poursuites fiscales.

Même Darmanin, depuis Bercy, s’était alors cru obligé d’applaudir « un accord historique ». A l’époque, son SEJF était moins faraud. Comme l’ont calculé les sénateurs dans un rapport du 22 juillet, « sur l’ensemble des affaires conclues en 2019, le montant des avoirs criminels saisis ou proposés à la saisie s’est élevé à plus de 97 millions d’euros, pour un préjudice aux finances publiques évalué à 339 millions d’euros ». Un très léger manque à gagner…

Histoire de doper le SEJF et de tuer le futur Office antifraude fiscale dans l’œuf, Bercy manœuvre actuellement pour récupérer tous ses officiers fiscaux judiciaires prêtés à l’Intérieur.

Face à cette menace, le principal syndicat d’officiers a protesté en haut lieu, s’étonnant que le gouvernement préfère « le redressement fiscal aux poursuites pénales ».

Darmanin, lui, reste un peu tiraillé entre les deux bébés qu’il a créés. Besoin d’un petit redressement ?


Didier Hassoux et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 16/09/2020