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Boris Johnson – Le « bojo » nouveau est arrivé.

Dessin de Kiro – Le Canard Enchainé – 16/09/2020

Il a toujours sa mèche, ses yeux qui tombent, sa démarche de plantigrade, mais il s’est mis au jogging et a découvert les charmes de la paternité. Il s’est montré avec son nouveau-né dans les bras, on a ri de sa gaucherie, mais est-ce si mauvais pour son image ?

Il a aussi deux nouveaux gadgets sémantiques, deux promesses qu’il rappelle à tout bout de champ. Le « gouvernement du peuple », qu’il incarnera, promis juré (les Cameron, les Blair, c’est tous des bourges, moi seul vous comprends). Et le « Global Britain », un truc qu’il a sorti de son chapeau, un totem ultra-libéral qui va remettre le pays sur de bons rails car la Grande-Bretagne sera enfin affranchie des maudites règles de l’UE !

La casse sociale ? Que dalle, rien du tout, promet-il. On aura les mains libres, on fera tout bien, on commercera avec le Japon, l’Australie, les Etats-Unis, la Chine. Eh oui, c’est aussi simple que ça.

Bon, n’exagérons pas, tout de même, BoJo n’a pas totalement changé, il a gardé un rapport à la vérité assez personnel. Le protocole de sortie de l’Union, il vient de le piétiner en faisant voter une loi qui le contredit largement, mais où est le problème ? La preuve qu’il a raison de le faire, c’est que l’UE est sur le point de lancer un blocus alimentaire contre nous, vient-il d’expliquer. C’est faux, mais ça pourrait être vrai.

A court de soutiens

La situation de BoJo est très particulière, rappelle le journaliste belgo-britannique Marc Roche: « Les Européens ont-ils bien réalisé à quel point Johnson est à la dérive ? Il n’a pas récupéré du Covid, c’est un homme épuisé, sans suffisamment de poids lourds sur lesquels s’appuyer dans son gouvernement, en dehors de Michael Gove, qui lorgne sa place.

Derrière sa façade de clown, il est solitaire, ultra-méfiant, ne quitte guère sa résidence de Downing Street ni son principal conseiller, Dominic Cummings, un anti européen viscéral. Cummings le pousse à court-circuiter Whitehall, sa haute administration, traditionnellement attachée aux principes de l’Union européenne. »

A Bruxelles, Johnson s’est vu plus fort qu’il ne l’était.

« La Grande-Bretagne a échoué à diviser les Européens. Boris Johnson comptait beaucoup sur les soutiens traditionnels de la Grande-Bretagne que sont les Pays-Bas, les pays scandinaves et les pays de l’Est, mais il n’a finalement rien obtenu », tacle un collaborateur de la Commission européenne.

Beaucoup d’observateurs évoquent donc « une fuite en avant », une façon, très classique finalement, d’utiliser la fibre nationaliste dans un pays submergé : 45.000 morts du Covid, une chute vertigineuse du PIB…

Reste qu’en l’absence d’accord les dégâts seront considérables, des deux côtés.

L’industrie automobile européenne, effrayée par le coût potentiel d’un no deal, vient d’appeler à un accord. Et, comme l’a expliqué Aurélien Antoine, directeur de l’Observatoire du Brexit, « l’Union européenne a toujours dit qu’elle n’assumerait jamais un no deal ».

Bruxelles va donc avoir tendance à transiger. « Michel Barnier le voulait, cet accord ; il a fait pas mal de concessions et se retrouve dans une situation compliquée », s’amuse un eurodéputé que la tournure des événements n’étonne pas.

« Le dossier de la pêche peut virer au drame. En cas de nodeal, les Britanniques récupéreront leur zone de pêche exclusive, sans avoir aucune règle à respecter, ce qui peut mener à un désastre environnemental. Quant à nous, Français, vous imaginez l’avenir de ports comme Boulogne-sur-Mer, sans compter tous ceux de la Bretagne nord… En réponse, il y aura des rétorsions sur les exportations britanniques, évidemment, bref que des perdants », déplore Alain Cadec, ancien président de la commission de la Pêche du Parlement européen et président du département des Côtes-d’Armor.

Garder la pêche

« Johnson veut, en fait, réduire au maximum l’ingérence de Bruxelles dans trois dossiers clés pour lui : l’Irlande du Nord, la pêche et les subventions aux sociétés étrangères. Son rêve, c’est une Grande-Bretagne technologique. Il veut faire venir les Gafa et toutes les entreprises de la tech, déjà intéressées par les universités du pays et la déréglementation du marché du travail. Les subventions seront la cerise sur le gâteau », explique Roche.

BoJo, seul à la barre, n’est pas si mal en point. En dépit de la tourmente, de sa gestion calamiteuse du Covid et du renouveau des travaillistes, il ne s’est pas effondré dans les sondages. Pour nombre de Britanniques, le no deal n’est pas une préoccupation majeure. Son opposition le traite de voyou, les cénacles européens expliquent n’avoir « jamais vu ça ». « Voyou » ? Il s’en moque. Peut-être même qu’il aime bien ça.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé – 16/09/2020


Autre Vision

Il y a décidément un côté « Trump » chez le Premier Ministre britannique ! Fin 2019, il négocie et signe le traité précisant les conditions de la séparation entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne.

Pas question, alors, pour lui de prolonger les discussions : il préférerait, proclamait-il, « être mort dans un fossé que de retarder le Brexit ». D’autant que, jugeait-il, c’est un « excellent accord, qui reprend le contrôle ».

Neuf mois après, il annonce froidement qu’il envisage de violer à l’avenir l’accord en question, car, selon le porte-parole de Boris Johnson, il est contestable et « signé dans la précipitation ». Un modèle de cohérence… digne de l’actuel Président américain.

Mais quelle raison de force majeure pousse-t-elle ainsi le dirigeant d’un pays fier de son « État de droit » à…violer le droit, tant national (l’accord en question fut ratifié par le Parlement britannique) qu’international (le traité a été conclu avec 27 pays tiers) ? Son gouvernement justifie le franchissement de cette ligne rouge par plusieurs motifs, à rebours de toute logique , à la manière, là-encore, du locataire de la « Maison-Blanche »

D’abord, il s’agirait ainsi, selon Londres, de « protéger les  accords de paix » qui ont mis fin à la guerre civile en Irlande du Nord en 1998. Absurde ! C’est précisément pour sauver cet acquis vital (la fluidité des relations entre Irlandais) qu’a été négocié avec l’UE le compromis de 2019, aujourd’hui menacé par Londres !

Rappelons les données du problème : l’Irlande du Nord est rattachée à la Grande-Bretagne, tandis que le reste de l’île (la République d’Irlande) est et demeure membre de l’UE .

La nouvelle frontière entre l’UE et son ex-membre (et notamment le contrôle des exportations de biens entre les deux entités) passerait donc en théorie entre le Nord et le Sud de l’Irlande.

Mais tout le monde a convenu que ce retour aux divisions du passé constituerait une régression inconcevable. Boris Johnson avait donc accepté que des règles douanières particulières s’appliquent aux marchandises transitant d’Angleterre vers l’Irlande du Nord (des règles qu’il remet en cause aujourd’hui, au risque de provoquer le retour des vieux démons en Irlande du Nord !)

Ensuite, Boris Johnson a expliqué aux députés que son revirement visait à donner plus de pouvoir à l’Écosse et au Pays de Galles. Encore l’exact contraire de la réalité des faits !

La cheffe de l’exécutif écossais, Nicola Sturgeon, l’accuse, précisément, de transférer de Bruxelles à Londres des prérogatives qui reviennent désormais à la nation écossaise ou au Pays de Galles.

Enfin, le leader britannique dit vouloir, en revenant sur ses engagements vis-à-vis de ses 27 anciens partenaires, « assurer l’intégrité du marché intérieur britannique ». Une intention compréhensible … à condition de la mettre en œuvre en respectant l’intégrité du marché intérieur de ses voisins, ce qui suppose, on la vu, un arrangement commun sur le cas irlandais !

Mais pour Boris-Trump, les autres ne comptent pas :  Britain first ! »

Il y a un aventurier au 10 Downing  Street.


Le blog de Francis Wurtz – Source (extrait)