Étiquettes

Le 4 septembre dernier, le président a célébré les 150 ans de la proclamation de la République.

La IIIe République fut la plus longue de notre courte histoire démocratique (près de soixante-dix ans), talonnée par la Ve, aujourd’hui âgée de 62 ans. Il aura fallu une défaite militaire et un vieux maréchal aussi réactionnaire que retors pour faire disparaître cette IIIe République. Que faudra-t-il pour détruire la Ve République ?

Une défaite, un coup d’État, une révolution ? Peut-être rien de tout ça.

Au moment où on honore la République, il faut écouter les paroles des accusés du procès des attentats de janvier 2015. On croit assister aux audiences d’un crime de droit commun, alors que derrière la banalité des protagonistes semblent tapies d’autres menaces. Des accusés qui ont déployé tout leur talent pour qu’on les prenne pour de vulgaires truands, comme s’ils avaient de plus graves méfaits à dissimuler.

Pour cela, ils n’ont pas hésité à dévoiler leurs trafics avec une telle facilité pour bien nous convaincre qu’ils n’étaient que des malfrats, mais surtout pas des islamistes. Il en va pour eux de quelques dizaines d’années de prison de plus ou de moins.

Selon la technique de la taqiya, il faut se donner l’apparence de la banalité pour faire avancer en silence ses véritables motivations. La dissimulation est le point commun entre le monde du crime et celui de l’islamisme. Et si derrière ces vantardises de trafiquants aux discours parfois fleuris se cachaient aussi d’authentiques fanatiques ?

Les semaines suivantes nous donneront la réponse.

Lorsqu’il fallut examiner la personnalité des prévenus, et que des avocats des parties civiles tentèrent d’interroger leur religiosité, les avocats de la défense déclenchèrent un tir de barrage.

  • Non, ce n’était pas le moment d’en parler.
  • Non, il ne fallait pas demander à un accusé pourquoi il s’était converti du jour au lendemain, alors que la veille encore il buvait de l’alcool et mangeait du porc.
  • Non, il ne fallait pas demander à un autre pourquoi sa famille n’avait pas apprécié qu’il se marie avec une femme vêtue de noir de la tête aux pieds, qu’il ne connaissait pas deux jours avant, et que lui-même qualifiait de « ninja ».

La religion reste un sujet tabou ; et l’islamisme, un épouvantail que personne n’ose regarder droit dans les yeux.

Un avocat de la défense eut même l’audace de prétendre qu’évoquer la religion des accusés dans ce procès était une entorse à la laïcité.

Cette escroquerie intellectuelle qui consiste à invoquer la laïcité dans le seul but de la museler est souvent pratiquée par les politiciens médiocres qui, eux, n’ont pas l’excuse d’être dans un prétoire où la liberté de parole est sacrée jusqu’à la malhonnêteté.

Il y a plusieurs procédés pour faire mourir une République une guerre, un coup d’État, une insurrection. Il en existe un autre, moins visible : la liquéfaction.

La République peut se dissoudre de l’intérieur et voir ses organes remplacés par de nouveaux. À l’extérieur, on conservera les devises officielles « Liberté, Égalité, Fraternité », mais à l’intérieur, on remplacera la laïcité par le communautarisme et l’intérêt général par le séparatisme.

Les façades seront identiques, mais elles seront devenues des coquilles vides.

Comme à Rome, où la République était célébrée alors qu’elle avait depuis longtemps été remplacée par un Empire dirigé par un monarque, la République française risque, elle aussi, de lentement s’évaporer comme la rosée au petit matin, sans violence ni fracas, par l’imperceptible lâcheté de ceux qui ne risqueront pas leur place au soleil pour la sauver.


RISS – Édito – Charlie hebdo – 09/09/2020