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Si les réunions avec les autorités sanitaires, comme celle qui se tiendra vendredi, sont désormais appelées « conseils de défense », le séminaire gouvernemental de rentrée de ce mercredi a, quant à lui, été annoncé comme un vrai « conseil de guerre ».

Pas contre le virus,

la guerre contre les faits divers !

Ceux d’un été déconfiné où, entre agressions de chauffeurs de bus, incivilités ou bagarres de vacanciers énervés, prises à partie de maires, règlements de comptes de cités et oreilles de chevaux mutilées, l’extrême droite et la droite ont trouvé de quoi canonner.

De Marine Le Pen à Xavier Bertrand, en passant par Valérie Pécresse, Christian Jacob, Gérard Larcher et quelques autres, il y a eu bousculade pour s’engouffrer dans la brèche sécuritaire. Pour reprendre un peu d’air, dont Macron, depuis son arrivée, s’est employé à les priver, ils sont tous partis à hauts cris sur la « véritable barbarie », le « chaos » et l’« été « Orange mécanique » » que la Macronie a « laissé s’installer ».

Souvent avec les mêmes mots, chacun y est allé de sa surenchère sur l’insécurité.

Et Le Pen, qu’on sait plus à l’aise dans ce registre que dans celui de l’économie, n’a pas manqué d’en rajouter sur l’« immigration anarchique et incontrôlée» que les «prétendues élites » ont « imposée aux Français » et qu’elle voit en grande partie responsable de cet « été meurtrier ». N’en jetez plus !

D’autant que la Macronie s’y met aussi et a commencé à claironner.

D’où le conseil de guerre sécuritaire. Pas question d’avoir l’air de mollir sur le régalien, de faiblir sur l’insécurité, d’autant que les sondages la mettent en deuxième position, juste derrière l’épidémie, dans l’ordre des préoccupations.

Il s’agit donc d’urgence pour Macron et ses troupes de ne pas laisser s’installer une « crise d’autorité ». D’afficher un volontarisme appuyé sur ce sujet hautement électoral et donc sensible, que tous les opposants droitiers ont déjà choisi comme angle d’attaque pour 2022.

Darmanin, qui a fait ses classes auprès de Sarkozy, à qui le sécuritaire a dans un premier temps réussi, est prié de s’y coller. Et le ministre de l’Intérieur a déjà commencé, en empruntant à son ancien maître ses méthodes et à ses nouveaux adversaires leur vocabulaire.

Ainsi avec le fameux « ensauvagement », dont Le Pen se targue d’être la pionnière et de « parler depuis longtemps ». En lui piquant le terme, il a fait plus de bruit qu’elle en le répétant. Et l’intéressé est très aidé dans ce numéro par son collègue garde des Sceaux Dupond-Moretti. Lequel, à grands effets de manches, surjoue le désaveu sur cet emprunt volontaire à la vulgate extrême-droitière. Dans les deux cas, ça occupe le terrain médiatique et c’est populaire !

Darmanin répète à tout-va qu’il ne s’arrêtera pas là.

Sus aux dealeurs ! Halte aux incivilités !

Redéploiement des troupes et du « bleu dans la rue »… On va voir ce qu’on va voir, pour l’instant on est surtout prié d’entendre que « la France est malade de son insécurité » et que le plan Sécurité du gouvernement va y remédier.

Sauf que le Premier ministre, Jean Castex, ne pourra assister en personne mais seulement en visioconférence au séminaire sécuritaire : en tant que « cas contact » d’un patient diagnostiqué positif au coronavirus (Christian Prudhomme, directeur du Tour de France), il a dû lui-même être testé.


Erik Emptaz – Le Canard Enchaîné. 09/09/2020