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Mercredi 16 septembre 2020, Tariq Ramadan devra se rendre à la convocation d’un juge d’instruction pour être confronté à une plaignante suisse qui l’accuse de viol et séquestration. Mais quel mauvais procès on fait à cet homme.

 Vous ne le saviez peut-être pas, mais Tariq Ramadan, en plus d’être un intellectuel, est un futur directeur de centre de recherche, doublé d’un féministe forcené.

En octobre, « si Dieu le veut », précise-t-il sur Facebook, sera créé le centre Chifa. Pour faire venir à lui les étudiants, il livre quelques indications sur l’enseignement qui y sera dispensé.

Au programme : « des cours autour des thèmes de la religion, de la spiritualité, de l’humanisme, de la psychologie, du féminisme, de l’écologie, de l’enseignement, de l’éthique, du colonialisme, du racisme, du droit, de l’économie ».

Pour le moment, impossible d’avoir plus d’infos sur ces humanités à la sauce théocratique, sur le coût des études ou l’enseignement du féminisme islamique. Tout juste sait-on que le cursus pourra aller jusqu’à trois ans d’études, ne demandera « aucune formation spécialisée préalable » et ne donnera pas droit à un diplôme, mais à une « attestation ».

Malgré ce flou artistique, sur la page Facebook de Chifa, les posts des fans du « cher professeur TR » sont dithyrambiques et félicitent leur héros pour cette initiative.

Mais les futurs élèves s’impatientent aussi. Ils veulent tout connaître : le coût, la date de l’ouverture des inscriptions, les profs… Patience !

Le Pr Ramadan répond par un laconique message, quasi automatique : « Les modalités d’inscription seront publiées au début septembre in sha Allah. » Il se fait beaucoup plus loquace pour mettre en avant la vision globale de son projet, qui reprend le charabia de la pensée sectaire.

On y parle holistique, on vous y invite à penser « le Tout autant que la partie, la Création autant que l’être humain, les sociétés autant que l’individu », à partir « en quête de santé physique, psychique et spirituelle » ou encore « à revenir à soi, aux premières années de son existence, considérer ce que l’on nous a transmis, les déséquilibres douloureux autant que les saines aspirations, les blessures autant que les joies, les manques autant que les dons ».

Mais qu’est-il arrivé au fier polémiste qui savait enrober une pensée moyenâgeuse d’un argumentaire universitaire?

A-t-il cédé aux sirènes du new age et troqué son costume-cravate contre la toge du gourou ? Qu’on se rassure, Tariq Ramadan a plutôt l’ambition de créer un think tank de la pensée islamique puisque Chifa, «par son programme de recherche et d’enseignement, aimerait contribuer à l’élaboration d’une réflexion autour des thématiques susmentionnées ». Soit mettre une grosse dose de religiosité et de pseudoscience dans les sciences humaines, le droit, l’économie, la psychologie, et tenter de rebattre les cartes des prochains débats de société sur les droits des femmes, l’écologie, le racisme…

À la manière de l’Institut Montaigne ou de la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), on risque de voir arriver un jour les avis auto-autorisés de Chifa sur la bioéthique, l’avortement, les lois, la « racialisation » de la société…

Autant de « contributions » que le professeur-chroniqueur Ramadan se fera un plaisir de défendre sur les ondes, quitte à embrouiller encore plus les esprits. Mais comment en vouloir à un homme dont la mission sur terre semble être de faire le bonheur d’autrui?

Parallèlement au centre de formation et de recherche, Ramadan lancera également une « structure engagée dans le travail social ». Cette dernière aura pour vocation de se « concentrer sur la réalité carcérale, l’accompagnement des migrants et l’encouragement à l’éducation partout dans le monde […] ». Les élèves de Chifa participeront à hauteur de 15 %. Comme le dit si gentiment Tariq Ramadan, cet engagement « concret permettra de compléter l’approche holistique […] en équilibrant comme il se doit les approches théorique et pratique ». Pour gagner des sous, Tariq Ramadan n’a rien perdu de ses talents oratoires.


Natacha Demanda. Charlie hebdo. 09/09/2020