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Elle aurait pu reprendre les mêmes, tous les mêmes, et recommencer. Mais on ne lance pas un second mandat, a fortiori quand c’est la première fois que la présidence de France Télévisions va deux fois de suite à la même personne, en se gobergeant.

Reconduite, le 22 juillet, à la tête du groupe de télévision public, l’ingénieuse procède à des changements forts. Pari le plus audacieux, elle a décidé de remplacer son directeur des programmes et des antennes, Takis Candilis, qui, à bientôt 66 ans, aspire à revenir à ses amours de producteur de fictions, par Stéphane Sitbon-Gomez, jusque-là directeur de cabinet (mais aussi directeur de la transformation et de FranceTvStudio, la filiale de production interne au groupe).

« Pour mon second mandat, je veux donner un nouvel élan à France Télévisions », fait savoir dans un message adressé au Monde Delphine Ernotte, qui a souhaité des instances « rajeunies et paritaires » pour une entreprise « plus agile et rapide », apte à « mettre en œuvre la feuille de route que j’ai présentée devant le Conseil supérieur de l » audiovisuel [CSA] ». « Les défis que nous avons devant nous sont énormes : l’ambition culturelle et éducative, la proximité et la transformation numérique», rappelle celle qui prendra bientôt la présidence de l’Union européenne de radio-télévision (UER).

A tout juste 33 ans, Stéphane Sitbon-Gomez, son fidèle lieutenant depuis 2015, devra veiller à la réussite de ces ambitions. C’est un défi de taille qui attend l’ancien assistant parlementaire à l’Hémicycle européen, qui a ensuite été conseiller spécial au ministère du logement de Cécile Duflot.

En cinq ans, grâce à des postes transverses, il a certes apprivoisé les spécificités de la maison et ses personnels. Mais, contrairement à Takis Candilis, il n’a pas d’expérience audiovisuelle ni dans la production de contenus, même s’il assure en privé avoir « bénéficié d’une formation accélérée » en étant aux côtés du sexagénaire lors de grandes décisions, comme au moment du lancement d’Un si grand soleil, le feuilleton quotidien de France 2.

Changement radical

Si la présidente du groupe a choisi un changement aussi radical, c’est qu’elle souhaite que le groupe développe ses audiences sur le numérique, à l’image des pays scandinaves, et séduise de nouveaux publics plus jeunes, en donnant un coup d’accélérateur à sa plate-forme France.TV. Surtout, la patronne ne laissera pas Stéphane Sitbon-Gomez seul dans la nature.

Pour ce second mandat, Delphine Ernotte souhaite « s’impliquer personnellement dans les choix éditoriaux », précise-t-elle au Monde. L’actuel comité exécutif sera divisé en deux. Le premier rassemblera les fonctions supports, le second, l’éditorial. Delphine Ernotte présidera les deux instances. Dans la seconde, siégera notamment Diego Bunuel, nommé en juin directeur des programmes, et qui représente un autre pari en forme de modernité pour la présidente. Le documentariste, qui a passé douze ans chez Canal+, avant d’aller chez Netflix, n’a pas non plus d’expérience dans la télévision gratuite.

« Aller au bout du média global »

Autre changement de taille, la direction de l’information, que Delphine Ernotte a décidé de confier à Laurent Guinder, embauché en juin pour diriger la chaîne FranceInfo, qu’il avait contribué à mettre sur pied lorsqu’il était à Radio France. Yannick Letranchant, qui était jusque-là titulaire du poste, devient directeur des opérations spéciales de l’information et des antennes.

La montée en puissance de l’ancien directeur de la rédaction d’Europe 1 n’étonnera personne. Le journaliste a dirigé la radio France Info de 2014 à 2017, avant de prendre la vice-présidence des radios de Lagardère Active, Europe 1, RFM et Virgin. L’expérience ayant tourné court au bout d’une année, il a rejoint l’agence de contenus RelaxNews, quelques mois avant d’être appelé par Delphine Ernotte. Sa mission, continuer d’organiser des rapprochements avec Radio France et d’encourager la progression de l’information du groupe dans l’univers numérique, afin d’« aller au bout du média global », comme le résumait un cadre de France Télévisions au début de l’été. Delphine Ernotte a beau se satisfaire de sa chaîne d’information, avec 0,6 % de part d’audience, celle-ci a des résultats trop modestes.

Enfin, Delphine Ernotte crée un nouveau département communication, et marketing, des fonctions jusque-là dispersées dans le groupe. Sa direction est confiée à Marianne Siproudhis, en plus de France Télévisions Publicité. Au total, ce sont neuf postes qui changent de mains, quand trois directeurs conservent leurs fonctions en l’état. Laurence Mayerfeld, jusqu’alors directrice du réseau régional de France 3, devient directrice des ressources humaines et de l’organisation.

« Cette réorganisation, c’est l’acte I du nouveau mandat de Delphine Ernotte », résume un cadre de France Télévisions. La tâche à laquelle elle s’attelle, alors que la crise liée à l’épidémie de Covid-19 n’a pas épargné le groupe, est d’ampleur. En attendant, France Télévisions va bénéficier du plan de relance. Le gouvernement a prévu une manne de 70 millions d’euros pour l’audiovisuel public, dont une belle partie devrait lui revenir.


Sandrine Cassini et Aude Dassonville – Le Monde – 08/09/2020