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Fêtant ses 150 ans au Panthéon, le président de la République a choisi la date du 4 septembre 1870 comme acte de naissance de la République.

Cette date est celle de la chute du Second Empire, confiscation de la souveraineté populaire par le premier président de la République dans notre histoire, celui de la deuxième (1848-1851), renversée par le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

C’est la preuve que ce n’est pas la seule date de naissance de la République : elle avait déjà été instituée en 1848, le 24 février. Auparavant, elle avait été proclamée à la face du monde en 1792, le 21 septembre. 1792, 1848, 1870 : la République a bien plusieurs actes de naissance, le tout dernier remontant à 1946, quand une nouvelle Constitution républicaine, sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, du nazisme allemand et de la collaboration française, proclame que la République est définitivement « démocratique et sociale ».

En d’autres termes, la République est un mouvement permanent qui, sauf à renoncer aux idéaux de l’émancipation, n’est jamais terminé, toujours inachevé. C’est pourquoi elle a des adjectifs – notamment ces deux exigences, formulées pour la première fois par les républicains les plus à gauche en 1848 : démocratique et sociale. Car, son ressort, c’est l’égalité des droits, et il y a en aura toujours de nouveaux à conquérir, à inventer, à promulguer.

Droits des travailleurs, droits des femmes, droit des colonisés, droit des minorités, droit des enfants, droit des opprimés de toujours et des exploités de demain, etc. tel est le moteur d’une République vivante, sans cesse enrichie par les luttes sociales, par les mobilisations populaires et les revendications qui, venues d’en bas, bousculent les privilèges, et les conservatismes d’en haut.

En ce sens, le choix de cette date anniversaire, c’est le choix d’une République conservatrice, immobile et figée. Plus d’adjectifs, plus de mouvement, plus de dynamique, mais de la verticalité et de l’obéissance, autrement dit plus de souveraineté populaire.

En 1870, nombre d’artisans de cette République se retrouvèrent ensuite à Versailles, alliés de l’occupant allemand et adversaires des communards. Cette République de 1870 ne fut pas la République de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, mais celle de la répression sanglante du peuple de Paris.

D’ailleurs, la République, la troisième de ce nom, ne sera vraiment chez elle qu’à partir de 1879, quand son siège sera de nouveau Paris, après la défaite des républicains réactionnaires.

Bref, quand on entend des responsables parler d’une République sans adjectif, il y a lieu de s’inquiéter. Il y a fort à parier qu’ils veulent en faire l’instrument d’une confiscation démocratique et d’une régression sociale.


Barbara Romagnan. Titre original : « La chronique de Barbara Romagnan. La République conservatrice ». Source