Les « verts » sont-ils incorrigibles

Tous les partis politiques rêvent de chasser « la bande à Wauquiez » de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Pour ce faire la meilleure solution eut été de proposer une alliance autour d’un programme « aux forces de gauche » dans cette région plutôt ouvrière. Les verts mettant en avant quelques gains d’élus européens et de mairies, avançant un programme régionale, entendent démontrer qu’ils sont la seule force politique capable d’accéder à la région et de la gouverner. Pour avoir des chances numériques de chasser le LR « les républicains » de Wauquiez (… subséquemment en dissidence avec l’orientation nationale …); une union de toutes les gauches leur sera nécessaire (au moins au deuxième tour). Mais y aura-t-il « alliance » autour de ce programme « vert ». MC


Contrairement au PS, qui juge cette stratégie risquée, les écologistes ne souhaitent pas d’union au premier tour

Les écologistes d’Auvergne-Rhône-Alpes sont partis en campagne en vue des élections régionales, avec l’objectif déclaré de battre Laurent Wauquiez (Les Républicains) en mars 2021. Le défi est ambitieux. Les Verts comptent actuellement cinq élus, sur les 204 conseillers régionaux de l’assemblée sortante.

Encouragé par sa série de victoires aux dernières municipales, en particulier dans la région, où Grenoble et Lyon figurent parmi leurs emblématiques succès électoraux, Europe Ecologie-Les-Verts (EELV) et ses partenaires (Alliance écologiste indépendante, Génération Écologie, Génération. s, Cap 21, Mouvement des progressistes) voudraient poursuivre leur ascension de l’Auvergne aux Alpes.

« Nous voulons gagner cette élection pour engager la transition nécessaire vers la défense de l’environnement et la justice sociale », a indiqué Monique Cosson, actuelle élue régionale EELV, lors de la conférence de presse de lancement de campagne, organisée jeudi 27 août, à La Parfumerie, à Lyon. C’est dans ce café du 7e arrondissement que les écologistes avaient donné le coup d’envoi de leur conquête municipale et métropolitaine. Les militants auralpins veulent y voir un bon présage, et une recette gagnante. Ils misent sur la même méthode que celle qui a conduit à la double victoire à Lyon, ainsi qu’à Givors et Saint-Fons, dans la périphérie lyonnaise: partir très tôt en campagne, et lancer un appel public à candidatures.

« Une alternative sérieuse »

Signé par une centaine de militants et d’élus, cet appel régional est destiné à recruter des candidats au-delà de la sphère militante, pour ouvrir un forum de propositions et constituer les listes dans les treize circonscriptions de la région (douze départements et la métropole de Lyon). Le processus doit permettre de désigner d’ici fin septembre un binôme paritaire pour incarner la campagne, puis, en octobre, une seule tête de liste, probablement féminine.

Autre inspiration puisée dans les succès municipaux : constituer des listes écologistes autonomes avant d’envisager la possibilité d’alliances au second tour, comme cela a été le cas dans de nombreuses villes de la région. « Nous présentons une alternative sérieuse et crédible aux politiques menées aujourd’hui. Ce qui compte, c’est de bâtir collectivement un programme solide. La notoriété des candidats est secondaire, on l’a vu à Lyon, personne ne nous connaissait et on a gagné, a déclaré Bruno Bernard, le président de la Métropole. « Le sujet c’est le projet écologiste. Pour les alliances, nous sommes prêts à discuter avec ceux qui sont plus proches de nous. »

Présent « en soutien » à la conférence de presse, le nouveau président de la Métropole de Lyon est persuadé que le mouvement écologiste aborde « une étape déterminante » dans les élections régionales, avant la prochaine échéance présidentielle de 2022. La stratégie d’autonomie des écologistes est fortement désavouée par Jean-François Debat, chef de file de l’opposition socialiste à la région. « Est-ce que l’objectif c’est de montrer ses muscles au premier tour, ou de battre Laurent Wauquiez ?», interroge-t-il.

Pour M. Debat, la seule option est de « construire des listes communes » dès le premier tour. « Sinon on se divise et on prend le risque de perdre. Je les appelle très solennellement à faire attention, ce n’est pas la bonne méthode», insiste l’élu socialiste, pour qui les écologistes forcent le trait en s’attribuant les victoires municipales dans la région. « La gauche a largement participé au basculement des villes comme Annecy ou Chambéry », relève le maire socialiste, confortablement réélu à Bourg-en-Bresse.

L’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, ou Olivier Véran, l’actuel ministre de la santé, seront-ils de la bataille régionale en Auvergne-Rhône-Alpes ?

En attendant les déclarations de candidatures, Laurent Wauquiez occupe le terrain, en mettant en avant sa gestion de la crise sanitaire, multipliant annonces et déplacements, se refusant à tout commentaire préélectoral.

Interrogé sur ses intentions futures, en marge de la présentation de la rentrée dans les lycées, vendredi 28 août, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes rétorque : « Mes deux seules obsessions c’est la santé et l’emploi, parler du reste est indécent ».

L’ancien président du parti Les Républicains donne l’impression à ses adversaires d’être en campagne permanente. « II envoie des courriers personnalisés aux frais de la région, c’est une explosion des outils de communication centrés sur sa personne », critique Jean-François Debat.

Remonté, l’opposant socialiste a annoncé au Monde qu’il allait saisir la commission des comptes de campagne. De quoi déjà tendre l’ambiance, à plus de sept mois du scrutin.


Richard Schittly Le Monde. 08/09/2020