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Soupçonnés d’être un facteur d’addiction et de désocialisation, les jeux vidéo sont en train de se refaire une réputation. Et s’ils pouvaient aider au dépistage de certaines affections dégénératives, notamment la maladie d’Alzheimer ?


Dessin de Delambre – Le Canard Enchainé

Partant du principe que l’un de ses premiers symptômes est la désorientation spatiale, avant la perte de mémoire ou les troubles du comportement, des universitaires anglais de l’University College de Londres et de l’université d’East Anglia, à Norwich, se sont demandé si un jeu vidéo pouvait permettre d’analyser comment une personne se meut dans l’espace. C’est tout le propos de « Sea Hero Quest », un jeu gratuit de réalité virtuelle développé en 2015 par l’équipe du chercheur français Antoine Coutrot (désormais au Laboratoire des sciences du numérique du CNRS, à Nantes), épaulée par un géant allemand de la téléphonie.

LABYRINTHE.

Le joueur est le capitaine d’un petit bateau à la recherche du journal de son père. Pour en trouver des pages, il lui faut, à chaque niveau, mémoriser la carte des bouées de navigation ou celle d’un labyrinthe rocheux, puis se frayer un chemin le plus rapidement possible. « Certains y parviennent sans mal, d’autres se perdent ou se retrouvent dans une impasse, d’autres encore rusent et choisissent de longer les murs, de compter les tournants ou s’appuient sur des repères visuels… exactement comme ils le font dans la vraie vie, quand, au supermarché, ils ne vont pas dans les rayons du milieu mais longent ceux du bord », explique Antoine Coutrot.

Ce qu’il a pu vérifier en faisant sortir ses patients du laboratoire pour les soumettre à une « épreuve » identique dans un quartier de la ville qui leur était inconnu.

Première conclusion : les personnes aux mauvais résultats présentent davantage de prédispositions à la maladie d’Alzheimer, même celles chez lesquelles les tests classiques n’ont rien révélé. Sans être un réel outil de dépistage, c’est un référentiel pour les médecins. « C’est une bonne aide au diagnostic, et, en la matière, entre un jeu vidéo et une ponction lombaire… » sourit Antoine Cortot.

Des chercheurs essaient aussi de mettre les jeux vidéo au service de la thérapeutique, comme l’équipe du professeur Philippe Robert, neuropsychiatre.

Ils ont développé « X-Torp », qui place le joueur dans un sous-marin et associe des activités physiques et cognitives.

Les premières études ont montré une amélioration de la motricité et de la motivation des patients. « Mais, attention, ce n’est efficace… que si l’on s’en sert, explique le professeur Robert, et il ne s’agit pas de guérir les patients mais d’améliorer leur quotidien. C’est moins ambitieux, mais cela reste précieux. »

« MeMo » est un jeu de stimulation simple de la mémoire et de la motivation.

« Aidant & Eve » permet, lui, aux aidants familiaux de mieux gérer les troubles du comportement de leurs proches.

Quant à « Ehpad’Panic », il est destiné aux soignants, pour les aider face aux troubles comportementaux de leurs patients.


Article non signé. « Les dossiers du Canard enchaîné ». N° 2149