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On est en droit de se poser la question tant les directives semblent venir en droite ligne d’un Nicolas Sarkozy, la doublette de Gérald Darmanin …

Je veux que ça marche ! Je veux que ce soit dans les stats ! »

Le 28 août, devant les préfets (masqués) réunis Place Beauvau, Gérald Darmanin a annoncé le grand retour de la « politique du chiffre », dont Sarko avait fait, à l’Intérieur, sa marque de fabrique.

Son successeur a ordonné à ses troupes de relancer la machine à décimales.

Désormais, il veut connaître chaque jour le nombre de patrouilles effectuées sur la voie publique, celui des reconduites à la frontière, le bilan chiffré des infractions et des délits, etc. Les forces de l’ordre sont sommées de ne pas lésiner sur la nouvelle amende visant les consommateurs de stups : du « résultat » obtenu sans trop d’efforts…

« J’avais l’impression d’entendre Sarkozy, s’agace un vieux préfet. La prochaine étape sera celle des objectifs chiffrés. » Avec, côté flics, les bonnes vieilles méthodes de bricolage des stats.

Objectif : donner du grain à moudre à Macron pour sa campagne présidentielle, qui s’annonce très sécuritaire.

Le top départ ? Son discours lors des commémorations du 150e anniversaire de la République, le 4 septembre, sur le thème : « Je vais restaurer l’autorité de l’Etat ». Rien que ça ?

Pour l’occasion, Darmanin a dégainé un élément de langage : l’« ensauvagement de la société ». Encore un calque de Sarko, qui, lui, entendait en finir avec les « racailles ». La mise en scène de son action au ministère est à l’avenant.

Un mariage en bleu marine

Le 25 août, par exemple, le nouveau premier flic de France avait prévu de se produire en soirée, devant les caméras, dans un commissariat de Gennevilliers.

Manque de bol, les poulets ont cafté, et l’info a fuité.

Le ministre, furax, a illico annulé son déplacement et demandé à la maison d’en face, les gendarmes, de lui trouver pour le soir même, « à moins de 100 km de Paris », un nouveau point de chute.

Ravis de ce pied de nez aux frères ennemis, les pandores ont emmené ministre et caméras dans une cité de Seine-et-Marne pour une opération sur les lieux de deal.

De bien belles images…

Hélas, même scénarisés par les gendarmes, ces déplacements réclament un grand déploiement… de flics. « Chaque fois, c’est le même circus, s’agace un lieutenant de sécurité publique. Ça nous bouffe une bonne journée de préparatifs. Sans compter les forces déployées pour le protéger. »

A Gennevilliers, par exemple : deux compagnies de sécurisation et d’intervention, une de CRS, une brigade anticriminalité, une brigade territoriale de contact. Sans oublier les poulets des stups et leurs chiens, venus ce jour-là participer au show. Soit au moins… 150 fonctionnaires.

Si Darmanin est toujours très entouré et tient à garder secret l’agenda de ses déplacements, c’est aussi pour tenir à l’écart les activistes féministes, attentives à ses moindres faits et gestes.

A Boulogne-sur-Mer, le 29 août, pour la soirée de mariage du ministre, une compagnie de CRS (et quelques gendarmes, reconnaît l’Intérieur) a été conviée. « Parce qu’il existait des menaces », justifie l’entourage de Darmanin.

Ils avaient apporté un cadeau, au moins ?


Article signé des initiales D. H. et C. L. Le Canard Enchaîné. 02/09/2020