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Le maire écolo de Grenoble, 47 ans, est un rien autoritaire et affiche des ambitions de la taille d’un sérieux melon.

Dessin de Kiro – Le Canard Enchainé – 02/09/2020

Doux dehors (sourire et fossette, grands yeux d’enfant), dur dedans. Le maire de Grenoble, réélu en juin, est un homme de certitudes qui n’aime guère qu’on lui résiste. Dans la polémique l’opposant à Gérald Darmanin sur les dealeurs du quartier grenoblois du Mistral, qui se mettent désormais en scène avec cagoules, sachets de drogue et artillerie, il est prompt à stigmatiser le « coup de com’ » du gouvernement. Un peu d’autocritique, un tout petit peu quand même, de la part d’un maire favorable à une police désarmée et souhaitant désactiver les caméras de surveillance ? Pas le moins du monde. Les dealeurs ne prennent pas leurs aises, ils font simplement « une opération marketing », déplore-t-il, comme on regrette la crise d’ado d’un gosse ramenard qu’il ne faut pas prendre au sérieux.

Piolle est devenu la star des écolos, la base en pince pour lui. Il est le nouveau rassembleur de la gauche, il court partout, un petit tour chez Mélenchon, une photo avec Hamon, une rencontre avec Monte-bourg, une prise de parole devant Faure, un cliché avec Hidalgo. Il veut convaincre, dit-il, apaiser les tensions, en finir avec les malentendus. Mais, à la métropole de Grenoble, où il n’a pas réussi à imposer son candidat (un sacré revers), il mène une guerre incessante au socialiste Christophe Ferrari pour le pousser à la démission. « Dans le système Piolle, tous les pouvoirs doivent revenir aux écolos, c’est fou. Ferrari a fait faire un pas de géant à l’écologie dans la métropole, mais il a un défaut majeur pour Piolle : il n’a pas sa carte à EELV ! » s’insurge un socialiste grenoblois.

Melon Vert

Il se rêve investi par les écolos pour 2022 et ne s’en cache guère. Un compte Twitter « Avec Piolle », puis un autre, « Et pourquoi pas Piolle ? », ont été créés. Il distribue désormais ses lumières sur le Liban, le Mali, la Biélorussie, Hongkong, et le plan de relance du gouver­nement. Il fait connaître sa solidarité envers tous les peuples opprimés (« Grenoble, d’où partit l’étincelle de la Révolution française, soutient ces citoyens épris de liberté »), se regarde un tantinet écrire sur son compte Twitter : « Homo economicus a vécu. Sur les ruines des dogmes, notre chemin sera de cultiver notre courage. Et nous puiserons dans nos poèmes la force de rendre envisageable ce qui n’a pas encore de nom. »

Il ne faut surtout pas qu’on croie qu’il la joue perso : « Je m’inscris dans une ambition collective pour faire gagner notre espace et notre projet politique », affirme-t-il. C’est, bien sûr, au nom du « collectif» qu’il vote Mélenchon en 2017 et le fait savoir, alors qu’EELV sou­tient… Hamon. Il se voit à la tête d’un « arc humaniste » qui le porterait à l’Elysée. Mais Piolle l’humaniste a fermé deux bibliothèques dans les quartiers populaires de Grenoble (il parle de « regroupement ») avant de se faire le chantre d’un ambitieux « plan lecture » dans sa ville, lancé grâce au combat acharné de ses opposants de gauche…

Qu’on le sache, il n’est pas un adepte du compromis avec le grand capital. « Je ne changerai pas le monde avec les grands patrons, leur intérêt de classe pour le faire est extrêmement faible », assure, martial, cet ancien cadre dirigeant de Hewlett-Packard. Cette défiance envers le monde de l’argent ne l’a pas empêché, a révélé le journal d’investigation grenoblois « Le Postillon » (qui n’a jamais fait l’objet de poursuites judiciaires), de prendre des parts dans une start-up ayant embauché sa femme et développé une filiale à Singapour. Les paradis fiscaux, Eric Piolle y est pourtant farouchement opposé. Il précise cependant au « Canard » qu’il n’a qu’« une part symbolique » dans cette société.

Son bilan de premier maire écolo d’une grande ville ? Piétonnisation, pistes cyclables, recul de la voiture… Du classique. En réalité, Piolle s’intéresse bien davantage au « sociétal ».

Faiseur de roi

La prochaine cible du maire de Grenoble, c’est France urbaine, ex-association des maires des grandes villes de France. Un groupement de 104 membres, au sein duquel il ne peut prendre le pouvoir (il n’y a que 11 élus écolos maires de grandes villes) mais où il a bien l’intention de jouer les faiseurs de roi, le 24 septembre. «Au départ très discret, Piolle se montre beaucoup, maintenant, et il s’active énormément pour faire élire la maire de Nantes, la socialiste Johanna Rolland, contre Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse . Son but, c’est de politiser cette structure, qui s’est toujours maintenue soigneusement à l’écart des combats partisans », déplore un grand maire de droite.

Il a même réussi à politiser la cour de récréation. Il veut la « dégenrer », remédier à cette insupportable manie qu’ont bien des gamins de courir après la balle. On va réduire l’espace pour le foot. On aurait pu aussi inclure les filles dans le jeu, vu qu’elles n’y sont pas manchotes, mais non. « Si nous voulons transformer le pays, nous le ferons » assure-t-il. En 2022, il suffira juste d’être élu.


Anne-Sophie Mercier le Canard enchaîné. 02/09/2020