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Charlotte Bilger, doit avoir du mal à digérer avec un tel poids sur l’estomac.

Une éviction expresse version « le monde »

Charlotte Bilger a été remerciée trois jours après avoir été nommée conseillère spéciale du ministre de la justice. En 2019, la magistrate avait mis en examen François Bayrou et plus d’une dizaine d’élus ou de cadres du MoDem pour « complicité de détournement de fonds publics ».

Conscient de la nécessité de renouer le dialogue avec la magistrature dès sa prise de fonctions au ministère de la justice, Eric Dupond-Moretti avait émis le souhait de s’entourer de certains de ses illustres représentants place Vendôme. Renaud Van Ruymbeke et Charlotte Bilger, avec qui il entretenait de bonnes relations comme avocat, ont été les deux premiers noms qu’il avait avancés.

Le premier, figure médiatique du juge d’instruction, a décliné. La seconde, ancienne juge d’instruction au pôle financier de Paris, réputée pour son indépendance et son franc-parler, a fini par accepter de devenir la conseillère spéciale du nouveau garde des sceaux chargée des bonnes pratiques.

Mais, comme l’ont révélé La Lettre A et Le Canard enchaîné, Charlotte Bilger a été prestement remerciée trois jours seulement après sa prise de fonctions. « Son recrutement envisagé n’a pas été à son terme, mais cela n’enlève rien à ses qualités », a pudiquement déclaré la chancellerie à l’hebdomadaire satirique. La magistrate avait pourtant renoncé à prendre la prestigieuse présidence de la cour d’assises de Paris qui lui était destinée en septembre pour rejoindre le cabinet d’Eric Dupond-Moretti. Ses nouvelles fonctions avaient par ailleurs été actées dans le dernier projet de mouvement des magistrats, plus couramment appelé « transparence ».

Marge de manœuvre très réduite

Tout comme son arrivée, le départ de Charlotte Bilger a été validé par le ministre mais il a été poussé par sa directrice du cabinet, Véronique Malbec, guère enthousiaste à l’idée d’accueillir une conseillère spéciale qui, comme c’est l’usage, ne rendrait compte qu’au ministre.

Au-delà de ce que cet épisode dit de la brutalité des rapports humains dans les cabinets, il témoigne surtout de la marge de manœuvre très réduite dont dispose Eric Dupond-Moretti vis-à-vis de son administration. Après avoir peiné à trouver un directeur du cabinet, il n’a pu que se résoudre à suivre la volonté de Mme Malbec et se retrouve aujourd’hui avec un cabinet dont il n’a choisi aucun membre ou presque.

Plus gênant encore, même si aucun élément formel ne permet aujourd’hui de l’étayer, ce renvoi vient nourrir la question d’une possible intervention politique. Charlotte Bilger est en effet la juge qui a mis en examen, le 6 décembre 2019, le président du MoDem, François Bayrou, et plus d’une dizaine d’élus ou de cadres du parti pour « complicité de détournement de fonds publics ». Un des membres du parti, Rémi Decout-Paolini, occupe d’ailleurs le poste de directeur adjoint du cabinet du ministre de la justice.

Proche du président de la République, François Bayrou, qui n’avait pas été avare de pressions sur la magistrate au cours de l’instruction, doit pour sa part être nommé, jeudi 3 septembre, haut-commissaire au Plan et à la prospective.

Simon Piel – « Le monde » – Source

La même éviction vue par « le Canard enchaîné ».

La carrière supersonique d’une conseillère du ministre Dupond-Moretti

La performance mériterait  de figurer dans le « Livre Guinness des records ». Arrivée le lundi 24 août comme « conseillère spéciale » d’Eric Dupond-Moretti, la juge Charlotte Bilger est repartie… le mercredi 26. C’est pourtant le ministre de la Justice en personne qui avait demandé son recrutement. Et qui a dû observer, effaré, cet aller-retour supersonique…

Le garde des Sceaux ignorait-il que sa future « conseillère spéciale », ancienne magistrate au pôle financier parisien, avait dirigé l’enquête ayant mené à la démission, le 21 juin 2017, du premier garde des Sceaux choisi par Macron ? Le 6 décembre dernier, à l’issue de deux ans d’instruction, Charlotte Bilger a mis en examen François Bayrou et trois autres élus du MoDem pour « complicité de détournement de fonds publics» dans le dossier des emplois présumés fictifs au Parlement européen. Ce jour-là, avant sa mise en examen, le maire de Pau a passé dix heures avec Bilger et deux autres juges.

Autant dire que l’embauche de sa persécutrice avait de quoi remplir d’aise Bayrou, allié politique de Macron, qui lui doit sa majorité à l’Assemblée ! Le 27 août, Macron a d’ailleurs annoncé (confirmant les infos du « Canard ») la nomination de ce bon camarade au poste de haut-commissaire au Plan, directement rattaché à l’Elysée.

Cette situation explique-t-elle l’hostilité de Véronique Malbec ? La dircab de Dupond-Moretti a exigé que la nouvelle venue ne rende compte qu’à elle, et non au ministre, « ce qui est contre tous les usages », avancent des magistrats. A moins que cette expulsion-éclair ne soit due au prurit du directeur adjoint de cabinet, Rémi Decout-Paolini, lui-même élu MoDem ? voire à un responsable très haut placé du parti ?

Bayrou de secours ?

Depuis juillet, la plupart des magistrats de la cour d’appel de Paris savaient que Charlotte Bilger allait rejoindre Dupond-Moretti. « Elle avait commencé à travailler sur certains sujets et cherchait des idées », racontent des collègues. « Elle a été virée avant d’avoir commencé, sans avoir même eu le temps de commettre la moindre faute… » s’indigne un juge.

La Chancellerie, pourtant, a servi au Volatile une explication distrayante et très crédible : « Son recrutement envisagé n’a pas été à son terme, mais cela n’enlève rien à ses qualités. » Admirable ! Ce « recrutement » Place Vendôme était, en fait, tellement certain que Bilger, nommée présidente de la cour d’assises, avait déjà été remplacée à ce futur poste dont rêvent quasiment tous les magistrats, et qu’elle a désormais perdu…

Au « Canard », où certains ont de la mémoire, cette histoire a rappelé celle du haut magistrat André Braunschweig, qui, dans la sombre affaire de l’Observatoire, avait mis en examen François Mitterrand soi-même. Le 27 mai 1981, Maurice Faure, garde des Sceaux, nomme Braunschweig directeur de son cabinet. Se rendant compte de sa bévue, il propose piteusement au Président de s’en séparer. « Ah non ! rétorque Mitterrand. Une deuxième bêtise n’efface pas une première bêtise ! » Braunschweig est resté, pas Bilger.

Dupond-Moretti n’a pas précisé au Palmipède s’il avait appelé Macron…


Jérôme Canard : le Canard enchaîné. 02/09/2020