Étiquettes

Autre version. Dans cette période sanitaire difficile, il y a les entreprises qui engrangent d’énormes bénéfices, d’autres qui pleurent des pertes abyssales … mais à la fin, l’état et les banques se défausseront … donc … les salariés trinqueront (chômage de masse) et tous les Français imposables seront à contribution. MC

Plus de 1.800 milliards d’euros ! La dette accumulée par les entreprises, en hausse chaque année, se rapproche de celle de l’État (plus de 2.400 milliards). Les entreprises n’étaient pourtant endettées qu’à hauteur de 800 milliards en 2004 (1).

Nous serions tous endettés? Non, car un petit village résiste encore et toujours à la dette: nous, les ménages français, qui épargnons, beaucoup trop d’ailleurs.

Et puis, il faut rappeler que la dette, loin d’être un mal, comme le pensent les curés et les Allemands, est le moyen de l’enrichissement. C’est grâce à elle que les richesses des familles se sont constituées. C’est par l’emprunt immobilier que vous avez pu, peut-être, acheter cette jolie maison, que vous transmettrez à vos enfants. Donc, vive la dette!

  • Toute la question est : à quoi sert la dette contractée par les entreprises ? Avec cet argent, elles peuvent faire trois choses.
  • Investir : très bien.
  • Garder l’argent par-devers elles : pourquoi pas?
  • Acheter très cher d’autres entreprises sur les marchés financiers : mal.

Les grandes entreprises françaises font un peu les trois.

Elles sont néanmoins de plus en plus nombreuses à faire leurs emplettes aux États-Unis, en Asie ou ailleurs, parce que le meilleur moyen de battre un concurrent, c’est de l’avaler tout cru. Avez-vous remarqué, entre deux annonces de plans de licenciements, comment la Bourse se porte bien? Wall Street vole de record en record, c’est formidable.

Or cela veut dire que les entreprises valent cher, puisque leur valeur est égale au montant de chacune de leurs actions, multiplié par le nombre d’actions. Ainsi, la presse économique est tout émoustillée parce que, si vous voulez acheter l’entreprise Apple pour impressionner votre copain, il va falloir désormais débourser 2.000 milliards d’euros, soit plus que la valeur des 40 plus grandes entreprises françaises, celles qui peuplent le célèbre CAC 40 (LVMH, L’Oréal, Sanofi, Total…).

Arrêtons-nous un moment: pourquoi acheter des entreprises, alors qu’elles coûtent si cher? La base du bonheur marchand est d’acheter pas cher et de revendre cher, non? Eh bien, non : car cette valeur élevée est enregistrée à l’actif des entreprises acheteuses à leur prix d’achat, et donc, plus elles achètent cher, plus elles sont riches !

Comme l’explique Christian Chavagneux, cet étrange mécanisme a un nom trop mignon : goodwill(2).

Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont bas, donc les boîtes peuvent continuer à lever des milliards en toute tranquillité. Mais si les taux devaient remonter… La situation commence à donner des sueurs froides à la Banque de France et au Haut Conseil de stabilité financière. Évidemment, ces gens sont polis, donc cela donne des trucs apparemment inoffensifs, du type : « La dynamique observée ces dernières années a conduit la France à un taux d’endettement des agents privés non financiers [les entreprises] aujourd’hui élevé, et qui est supérieur à la moyenne de la zone euro(3). »

Mais la réalité est que nous dansons sur un volcan.

  • Nous savions que la dette des États s’envolait.
  • Désormais, celle des entreprises aussi.
  • Or l’épargne de papy-mamy ne pourra pas éponger les dettes de tout le monde.
  • Face à cela, les banques centrales sont des pompiers pyromanes.

Certes, en maintenant des taux d’intérêt à 0%, elles évitent les défaillances des prêteurs Mais ce sont ces mêmes taux à 0%, c’est-à-dire l’argent gratuit, qui alimentent le feu de la spéculation financière comme jamais.


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 26/08/2020


  1. «La dette des entreprises françaises continue de s’alourdir » (Les Échos, 11 août 2020).
  2. « L’inquiétante envolée de la dette de nos grandes entreprises », par Christian Chavagneux (Xerfi Canal, 8 février 2018).
  3. «Flambée du crédit: le Haut conseil de stabilité financière maintient sa vigilance » (La Tribune, 12 juin 2019).