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Qu’elle soit scolaire, salariale ou autre, face à une économie dévastée par la pandémie et l’inobservation durant la période estival de quelques règles pourtant élémentaires du respect de la santé aggravant les risques pour la santé au plan national, la rentrée cette année 2020 s’annonce très, très difficile. MC

Le travail, c’est peut-être la santé, mais la santé passe quand même avant le travail. C’est ce que rabâchent plusieurs sondages. Et c’est donc ce qu’a prudemment écouté Macron afin de ne pas prendre, dès la rentrée, le risque de contrarier l’opinion. Pas question de donner la fâcheuse impression que l’état de l’économie primerait sur la situation sanitaire.

A peine remisé son Jet-Ski à Brégançon, le studieux vacancier s’est ainsi empressé d’inverser, avant de regagner l’Élysée, le calendrier des priorités. Le plan de relance censé guérir l’économie attendra une semaine de plus que prévu. L’exécutif entend montrer qu’il privilégie son plan pour prévenir une reprise exponentielle de l’épidémie avant de se soucier du commerce extérieur et du PNB.

Place, donc, à un Conseil de défense sanitaire pour tenter d’apaiser les craintes avant la rentrée scolaire. Et avant la présentation, ce jeudi, par Castex en personne des décisions dudit Conseil, grosse com’ gouvernementale groupée, du ministre de l’Éducation à celui de la Santé, pour appuyer l’opération.

Mission première : rassurer malgré les incertitudes soulevées par les indices et les annonces d’une redoutée deuxième vague de Covid-l9 ou, c’est selon, d’une préoccupante prolongation de la première. Et appuyer la suractivité gouvernementale sur le sujet, pour essayer d’éviter une vague de mécontentements pas forcément contrôlable dans la foulée.

Certes, la crainte d’un rebond épidémique a tendance à calmer le jeu politique et les ardeurs de l’opposition. Mais, si la surenchère dans les précautions peut éviter de nouveaux procès en impréparation, comme au début de la crise sanitaire, Castex et Macron ne sont pas pour autant à l’abri des polémiques sur le déroulement de cette rentrée obligatoirement masquée. D’où la prudence affichée pour tenter de préciser les nouvelles règles sanitaires, qui, à l’école comme dans les entreprises, ne sont pas toutes très claires, ni partout faciles à appliquer.

Et, au-delà de la com’ à laquelle Castex s’est déjà attelé tout l’été, sans empêcher sa cote de popularité d’en pâtir, cette fois il ne s’agit plus seulement d’occuper les chaînes d’info continue pendant les vacances pour expliquer ce que le gouvernement va faire, mais de le faire vraiment. Or, dans les deux secteurs, celui de l’épidémie comme celui de l’économie, les indicateurs ont de quoi inquiéter.

Pour ce qui est de la crise sanitaire, c’est moins l’augmentation du nombre de cas qui préoccupe que les incertitudes et les avis contradictoires sur la progression du virus. On en sait sur ce dernier un peu plus qu’à ses débuts ravageurs, mais les interrogations sont encore aussi nombreuses que partagées sur son évolution. Et personne ne semble être en mesure de programmer la sortie de la pandémie. Ce qui, bien sûr, ne facilite pas, même à court terme, les projets d’avenir. Et risque tout aussi évidemment d’aggraver une crise économique dont l’ampleur est déjà plus qu’alarmante.

Près de 1 million d’emplois sont menacés d’ici à la fin de l’année, redonner confiance dans pareille ambiance est donc loin, très loin, d’être gagné d’avance. C’est dire si Castex au charbon et Macron aux manettes peuvent se préparer, entre leur plan de cette semaine contre l’épidémie et celui des semaines à venir pour l’économie, à une rentrée chargée. Ils vont avoir du travail, et il va leur falloir de la santé !


Erik Emptaz. Éditorial du Canard enchaîné. 26/08/2020