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A l’Elysée et au ministère des Armées, certains conseillers sont chargés de convaincre les médias que la fameuse « Task Force Takuba », dont on nous rebat les oreilles depuis plus d’un an, va entrer en action sans attendre.

Résumé de ces éléments de langage optimistes : « Takuba commence à s’installer » au Mali ; « c’est un grand progrès », et « l’effort sera poursuivi l’an prochain ».

Tout est faux.

En réalité, cette initiative de Macron (obtenir que 11 États européens envoient au Sahel plusieurs centaines de commandos de leurs forces spéciales) était justifiée, mais elle tient toujours du rêve pieux, et l’on continue, à ce sujet, de nous raconter n’importe quoi. « La Farce Takuba », se moque un diplomate, déçu par la mauvaise volonté et le manque de solidarité des alliés de la France.

En juin 2019, Florence Parly, la ministre des Armées, avait été chargée par Macron d’annoncer à grands coups de clairon l’arrivée prochaine au Sahel de 500 commandos européens. Plusieurs médias avaient alors salué le succès des efforts entrepris par l’Elysée.

Malheureusement, quelques mois plus tard (en novembre), Parly devait déjà battre en retraite et ne parlait plus que de 300 commandos.

Petite vengeance ?

Elle rappelait à plusieurs États (parmi lesquels l’Allemagne, la Belgique, le Danemark ou les Pays-Bas) qu’ils avaient naguère manifesté leur intention de contribuer à la Force Takuba. Sans doute ces derniers n’en conservaient-ils aucun souvenir…

Le 13 janvier 2020, à Pau, lors de l’un des sommets qu’il aime organiser avec les chefs d’Etat du Sahel, Macron ne se résignait pas, et appelait de nouveau les Européens à aller combattre le terrorisme aux côtés des Français.

Des djihadistes ambitieux

Confirmation de leur surdité et de l’échec présidentiel : voilà deux semaines, le 15 juillet, l’état-major français a évoqué la seule présence aujourd’hui au Mali d’un très modeste détachement de Takuba : 60 hommes (30 Français et 30 Estoniens).

Leur mission : « conseiller, assister et escorter au combat » les troupes maliennes engagées dans la zone dite des « trois frontières », entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. « C’est un endroit qui nécessite [l’intervention] des soldats d’élite », a expliqué le général Pascal Facon, Chef du contingent français Barkhane, lors de son audition à l’Assemblée, le 2 juillet, par la commission de la Défense.

Mais ces « élites », qui, à l’entendre, doivent « rassurer les populations », manquent cruellement à l’appel. Macron s’en désole, mais « il n’a aucune envie de reconnaître son échec face aux Européens », constate un militaire. Et la situation au Sahel n’incite guère à l’optimisme.

Malgré les succès récemment remportés par les soldats français sur les groupes djihadistes, les confidences des chefs militaires sont bien plus intéressantes que tous les communiqués de victoire. Ainsi, le chef d’état-major François Lecointre et quelques autres généraux évoquent toujours l’ambition (démesurée ?) des djihadistes de l’Etat islamique au Grand Sahara : « L’instauration d’un Califat couvrant les territoires du Burkina, du Mali et du Niger. »

Pour mesurer les efforts consentis par quelques États alliés de la France, il suffit de se référer aux annonces officielles.

En octobre est prévue l’arrivée au Sahel d’un « Task Group » (l’anglomanie est à la mode) de 60 hommes 30 Français et 30 Tchèques (et en janvier 2021 celle d’un détachement similaire) 60 Français et Suédois.

L’histoire ne dit pas si des caméras de télévision seront invitées à venir célébrer sur place ce considérable effort européen.


Sauvetage des « marchands de canons »

Si, durant le dernier trimestre de cette année et les premiers mois de 2021, des commandes importantes d’armements ne sont pas décidées pour les armées françaises, les industries de défense (200.000 salariés) et leurs sous-traitants, qui en emploient environ autant, s’écrouleront : telle est la prévision catastrophique que viennent d’asséner (le 21 juillet) deux députés Benjamin Griveaux (tiens, le revoilà) et Jean-Louis Thiériot (Républicain de Seine-et-Marne). Ces deux membres de la commission de la Défense s’étaient vu confier un travail d’analyse urgent et un rapport sur l’effort de relance économique nécessaire dans le secteur militaro-industriel.

Au menu de ces éventuelles commandes : une vingtaine de Rafale, une douzaine d’hélicoptères, des systèmes de télécommunications spatiales Syracuse, des mini-satellites, etc. Pas question de perdre la prochaine guerre.


Claude Angeli. Le Canard Enchaîné 29/07/2020