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A la rubrique « logement », le programme électoral de Louis Aliot pour les élections municipales à Perpignan promettait de frapper un grand coup : « Mettre en place un plan de lutte contre l’habitat indigne, et tolérance zéro pour les marchands de sommeil » !

Triomphalement élu, le maire lepéniste va maintenant pouvoir mener à bien cette lutte qui lui tient tant à coeur. En commençant par appliquer sa « tolérance zéro » à l’une de ses propres colistières, Christelle Martinez.

Cette « accueillante familiale » (sic), comme elle se présentait elle-même sur la liste RN, a été élue le 28 juin en 28e position ; elle est aujourd’hui conseillère municipale de Perpignan, déléguée au sport professionnel. Louis Aliot n’est pas allé jusqu’à lui confier la délégation du logement, et c’est dommage car, depuis quatre mois, Christelle Martinez se trouve sous le coup d’une procédure pour avoir profité d’un habitat… pas très digne.

Hospitalité de façade

Copropriétaire, via une société immobilière (la SCI de l’Agly), d’un petit immeuble lépreux dans la rue des Quinze-Degrés, à Perpignan, l’élue a reçu, le 10 mars, la visite du service d’hygiène et de santé de la ville. Un agent municipal s’est présenté à cette charmante adresse du quartier Saint-Jacques, que l’« accueillante » tenancière n’est pas gênée de louer.

A cinq jours du premier tour des municipales, cette descente était, certes, plutôt opportuniste. Mais derrière la grosse ficelle se cachait tout de même une vilaine réalité. L’agent a d’abord pris des photos de la façade délabrée, des escaliers hors d’âge et infects, des boîtiers électriques déglingués, etc.

Puis il a pu enfin dresser son procès-verbal. Motif : « Faits susceptibles de constituer une infraction pénale dans le cadre de la lutte contre l’habitat indigne ».

Les lieux, en effet, se trouvent sous le coup d’un arrêté préfectoral pris en… 2007 ! A l’époque, déjà, l’immeuble avait été déclaré « insalubre », « interdit à l’habitation » et à toute location. Treize ans plus tard, l’agent de l’hygiène a pu constater que Christelle Martinez y accueillait toujours une locataire. Pendant toutes ces années, aucun gros travaux de rénovation n’ont été lancés pour permettre la levée de l’arrêté préfectoral d’insalubrité. Ni, accessoirement, pour mettre la locataire en sécurité.

Taudis peu louable

Le 16 mars, au lendemain du premier tour, le procès-verbal dressé par le service d’hygiène a été expédié par la mairie à Jean-David Cavaillé, procureur de la République de Perpignan. Le camp Aliot y a évidemment vu un mauvais coup de l’équipe du maire sortant, Jean-Marc Pujol (LR).

Las ! l’affaire est un peu plus compliquée : il y a onze ans, en avril 2009, un premier procès-verbal avait été dressé contre le logement pourri de sa copine Martinez et transmis au parquet de Perpignan — sans suite.

En novembre 2016, comme l’a raconté « L’Indépendant », la maman de la logeuse, surnommée « la Baronne » et propriétaire de 18 immeubles (dans le quartier Saint-Jacques, notamment), avait été condamnée à 8 mois de prison avec sursis et 70.000 euros d’amende pour avoir loué des appartements… insalubres et avoir perçu des allocations logement de locataires fictifs…

C’est affreux : les inflexibles principes politiques d’Aliot vont durement frapper cette famille !


Jérôme Canard


Jointe par « Le Canard », Christelle Martinez explique qu’elle n’a pas « pu finir les travaux de rénovation du logement faute d’argent ». Et d’ajouter : « Je n’encaisse aucun loyer depuis des années. » Depuis que l’occupante a cessé de payer pour cause d’insalubrité, surtout.