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Une « Gratte ciel » dans le parc des « expos de la ville de Paris », de la porte de Versailles … mais pourquoi donc ???

Dans la négociation avec Unibail pour la construction de la tour Triangle et l’octroi d’une nouvelle concession sur le parc des expositions de la porte de Versailles, la Mairie de Paris a cédé sur toute la ligne. Sans tenir compte des nombreuses réserves émises par les services de la Ville.

C’est ce que montre une note de la Direction des affaires juridiques et de la Direction des finances datée du 30 avril 2010 (c’est-à-dire environ deux ans après que Viparis, filiale d’Unibail, a proposé son projet à la Mairie). Ce document confidentiel adressé à Anne Hidalgo, alors première adjointe de Bertrand Delanoë chargée de l’urbanisme, ainsi qu’à Nicolas Revel, directeur de cabinet du maire, et à Élisabeth Borne, directrice de l’urbanisme, expose la position desdits services sur les « enjeux juridiques et financiers du projet ». Une position que le maire va s’empresser de ne pas suivre.


Les hauts fonctionnaires de la Mairie qui ont assisté à la scène en sont sortis estomaqués.

Convoqués un beau jour de 2011 pour assister à une séance de négociations financières autour des contrats de la tour Triangle et du parc des expositions de la porte de Versailles, ils ont pu entendre Anne Hidalgo (alors première adjointe chargée de l’urbanisme) et Nicolas Revel (directeur de cabinet de Delanoë) tutoyer sans façon le grand patron Unibail, Guillaume Poitrinal, et afficher leur connivence.

Un participant se souvient : « Tout le monde a compris qu’il était quasi impossible de s’opposer à l‘état-major du maire sur ce dossier. »

Pourquoi tant de complicité ?

En attendant une éventuelle enquête judiciaire, tout le monde s’accorde déjà sur un point : Bertrand Delanoë, ne cessait, à l’époque, de clamer urbi et orbi sa passion pour les tours de grande hauteur.

« Le maire voulait en finir avec l’interdiction de construire des gratte-ciel, souligne l’un de ses anciens proches. Les Verts l’avaient empêché de réaliser son rêve lors de sa première mandature, mais, après les élections de 2008, il n’avait plus besoin d’eux pour être majoritaire. »

Loyers sur mesure

Du coup, quand Guillaume Poitrinal gratte à sa porte, au printemps 2008, pour lui présenter son projet de tour de 180 mètres de hauteur dessiné par les prestigieux architectes Herzog & de Meuron, « Bébert » s’enflamme.

Il s’empresse de glorifier devant la presse « un édifice exceptionnel », d’« une beauté inouïe ». L’intendance doit suivre. Et elle suivra.

L’Hôtel de Ville ne se contente pas d’accorder à l’ami Poitrinal une nouvelle concession, taillée sur mesure, du parc des expositions. Un bail à construction est également mitonné aux petits oignons pour la future tour Triangle, qui doit être bâtie sur cette enclave municipale.

Comme « Le Canard » l’a raconté à l’époque, la Ville demande, en 2009, à un cabinet d’études de calculer le montant du loyer exigible polie « contrat de quatre-vingts ans ». Verdict de la société Atisreal : entre 9,18 et 13,2 millions d’euros par an. « Trop cher ! » s’offusque Guillaume Poitrinal.

 Qu’à cela ne tienne : à la demande du cabinet de Delanoë, une deuxième étude est commandée au cabinet VIF Expertise, qui revoit l’addition à la baisse. Désormais, il n’est plus question que de 3 à 6 millions. « C’est encore trop ! » s’étouffe le patron d’Unibail.

Très obligeante, la Ville s’empresse de demander à l’expert de ré expertiser ses calculs. La société s’exécute et pond courant 2010 une troisième étude, qui se solde par une estimation de loyer fixe revue à 2,2 millions d’euros au prétexte que « les conditions économiques ont changé ».

Avant de signer le contrat, en 2011, la Mairie fera quelques nouveaux cadeaux.

Le loyer sera encore aminci de 200.000 euros et Unibail ne devra verser à la Ville un intéressement sur ses bénéfices de bailleur que si ses bureaux sont intégralement loués et au meilleur prix. En clair : à la Saint-glinglin…

Dati à la rescousse

Arrivée en mars 2014 dans le fauteuil de Delanoë, Anne Hidalgo suit pieusement les traces de son mentor malgré le poids grandissant des Verts, qui lui assurent une majorité au Conseil de Paris.

Catastrophe : en novembre 2014, les écolos et l’opposition se retrouvent main dans la main pour voter contre la tour Triangle.

Qu’à cela ne tienne ! Pour sauver leur gratte-ciel, Hidalgo et Unibail unissent leurs efforts afin de séduire les élus récalcitrants.

Résultat : quelques mois plus tard, la maire repasse les plats au Conseil de Paris, qui avalise, cette fois, le projet grâce au soutien providentiel d’une dizaine d’élus du centre et de la droite — dont une certaine Rachida Dati.

Ces touchants efforts sont pourtant encore loin d’être couronnés de succès. La tour devait être inaugurée en 2019. Elle n’est toujours pas sortie de terre, et ce n’est pas pour demain.

Plusieurs recours déposés par des associations de défense de l’environnement restent toujours pendants devant le Conseil d’État, qui ne devrait pas se prononcer avant 2021.

Mais, Hidalgo et Unibail voudront-ils passer leur tour ?


Hervé Liffran – le Canard enchaîné. 05/08/2020


(*) PPP – Partenariat public-privé – L’entente qui fait des affaires publiques le GOGO toujours payeur de l’affaire – Voir Source Wikipedia