Étiquettes

Informatisation des services publics à marche forcée a fait ressortir les inégalités qu’elle produit

Ceux qui n’ont pas l’outillage

Après un accident de santé, suivi d’un examen médical, Olivier, Breton de 65 ans, doit faire réenregistrer son permis de conduire. Or toutes les démarches se font en ligne, et il n’est pas connecté !

Un saut à la préfecture pour régulariser ? Impossible, les rendez-vous doivent être pris… par Internet.

Claire, 38 ans, chômeuse en région Centre-Val de Loire, n’a pas les moyens de s’acheter un ordinateur. Dommage, car remplir sa déclaration d’impôts avec son smartphone est beaucoup plus ardu.

Même le fisc le lui a confirmé !

Pour les démarches administratives, la santé, l’emploi, les billets de train, malheur aux pauvres, aux débranchés, aux sous-équipés !

En 2018, Emmanuel Macron, de passage en Bretagne, s’en était indigné : « Il est inacceptable que 15 à 20 % de la population non équipée en PC n’ait pas accès aux services publics. »

Déconnectez pas !

Et le manque grandit avec l’âge. Dans un rapport sur l’exclusion numérique des personnes âgées remis, fin 2018, à l’association Les Petits Frères des pauvres, l’institut CSA souligne que 21% des plus de 60 ans ne disposent pas d’Internet chez eux (44 % n’ont pas de smartphone), et le taux grandit à 50 % chez les plus de 75 ans.

Pourtant, les plus jeunes sont eux aussi touchés. Durant le confinement, un quart des étudiants qui ont manqué les cours en ligne ne faisaient pas tous la fac buissonnière. Et, pour les écoliers décrocheurs, Jean-Michel Blanquer a reconnu qu’une famille sur vingt « manquait de matériel de connexion ».

Une riante perspective attend tous ces chassés du paradis numérique : le comité Action publique 2022, qui a fixé les objectifs du quinquennat de Macron, prévoit la « dématérialisation » totale des démarches administratives d’ici à deux ans.

Et pour les sans-Toile ?

Des maisons de services au public existent dans tous les départements, mais les frais de déplacement ne sont pas remboursés…

Diverses administrations proposent aussi des aides via des permanences téléphoniques, parfois payantes. Un coup de fil à la Caisse d’allocations familiales est facturé 6 centimes la minute, en plus du prix de l’appel local.

Pourquoi ne pas retenir cette somme sur le montant des aides ?


Article signé des initiales : O. B.–K. et J.–F. J. Le Canard enchaîné. 05/08/2020